C'est à leur propos, dans plusieurs chapitres des Souvenirs entomologiques que Fabre révèle des dons d'observateur avec une acuité qui, à elle seule, situe la grandeur de l'oeuvre. Les ammophiles s'identifient au premier coup d'oeil par leur taille d'une très grande finesse, telle que leur abdomen renflé, noir et rouge, paraît rattaché au corps par un long fil grêle. Ces guêpes, proches des sphex par leur forme, sont essentiellement des chasseresses de chenilles, ce qui constitue l'une des particularités propres de leur comportement.

     Les ammophiles qui s'établissent dans des terrains sableux creusent des puits verticaux gros comme la hampe d'une plume d'oie, profonde de cinq centimètres environ, dans un sédiment léger mais stable, pour y pondre et y emmagasiner des vivres. Quatre espèces de Provence ont été étudiées par Fabre, qui ont chacune leurs activités réparties entre avril et septembre. Un douillet et chaud cocon soyeux est aménagé au fond du canal, qui protégera la nymphe pendant la durée de l'hiver. Quelques grains de sables, plus volumineux que les autres, serviront à clore le nid après la ponte. Il sera enfin recouvert d'une pierre plate, minuscule dalle obstruant l'entrée, tout au moins chez l'ammophile des sables et l'ammophile argentée. Ce couvercle sera poussé et remis à son emplacement exact au retour de chaque chasse. Bien qu'elle ne loge jamais au gîte qu'elle a élaboré, c'est avec une surprenante mémoire que l'ammophile retrouve infailliblement ce lieu où elle emmagasine le produit de ses chasses. Ce sont des chenilles de papillons nocturnes, pour les quatre espèces. L'une de ces chenilles peut parfois peser jusqu'à quinze fois le poids de l'ammophile, qui la traîne en la tirant à travers les aspérités et les accidents du terrain ! Les chenilles sont constituées d'anneaux, chacun possédant en position ventrale son ganglion nerveux, siège de la sensibilité et de la motricité ; douze centres distincts siègent là, reliés à une masse ganglionnaire céphalique équivalente au cerveau. Nos prédateurs doivent avoir une connaissance innée de l'anatomie, du système nerveux de chacune de leurs proies, le mode d'attaque devant provoquer la paralysie immédiate de ces dernières. Les comportements d'attaque et de piqûres exigent des gestes d'une précision extrême, sous peine de voir échapper à la stratégie de capture cette chenille dont la masse est considérable. Que d'attentes sans fin, souvent infructueuses, quelle acuité visuelle chez l'observateur pour repérer, analyser, comprendre, saisir cette solitaire et ces subtiles manoeuvres : " Il faut longtemps épier l'occasion, l'attendre avec une inébranlable patience, et savoir en profiter à l'instant même quand elle se présente, enfin au moment où vous n'y songiez plus. Cette occasion, je l'ai guettée des années et encore des années ; puis un jour, tout à coup [...]" (Série I, "Les Ammophiles".)

     Aucune loupe ne permettant à l'époque de découvrir sur la victime quelque trace nette de blessure, il fallait explorer alors chaque segment avec la pointe d'une aiguille, dosant point par point la sensibilité, percevoir que chaque coup d'aiguillon était unique, donné en un point précis, depuis lequel le venin injecté se propage à travers les segments, en particuliers ceux pourvus de pattes.

     Et l'oeuf disposé ensuite, au nid, sur la proie, le sera au niveau précis de l'un des anneaux rendu insensible, où la jeune larve d'ammophile pourra commencer à dévorer cet énorme butin : " L'Hyménoptère agit avec une précision que jalouserait la science ; [...] L'animal, sans se rendre nullement compte de ce qu'il fait, obéit à l'instinct qui le pousse. Mais cette inspiration sublime, d'où vient-elle ? Les théories de l'atavisme, de la sélection, du combat pour l'existence, sont-elles en mesure de l'interpréter raisonnablement ? Pour moi et mon ami, ce fut et c'est resté une des plus éloquentes révélations de l'ineffable logique qui régente le monde et guide l'inconscient par les lois de son inspiration. Remués à fond par cet éclair de vérité, nous sentions l'un et l'autre rouler sous la paupière une larme d'indéfinissable émotion." (Série I, "Les Ammophiles".)

     L'ensemble des chapitres consacrés aux ammophiles situe l'ampleur extraordinaire des découvertes faites par Fabre pour un nombre important d'insectes inclus dans le groupe des hyménoptères. Fabre nous livre l'image du pur homme de science, ayant mis à jour les comportements des prédateurs dans leur milieu naturel. Il fallait faire preuve d'une patience infinie, d'une acuité visuelle insoupçonnée qu'à ce degré, peu d'entomologistes avaient montrées avant Fabre. C'est l'une des raisons pour lesquelles le naturaliste de Sérignan et ses minutieuses descriptions furent si intensément critiqués, voire rejetés. Il fallut attendre que soient mises à la disposition des scientifiques modernes, cent ans après, des instruments d'observation et de mesure (photographies à l'infrarouge, prises de vues au ralenti) pour que soient confirmés la portée considérable et les géniales descriptions de l'entomologiste de Sérignan, avec tous les prolongements qui en résultaient en matière d'étude du comportement animal et de l'instinct.

    ジガバチ類は昆虫記の数章に記述されているが、ファ-ブルの比類なき観察能力はこの虫の研究によって発揮された。ジガバチはきわめて細い胴回りをしており、黒と赤の膨らんだ腹部はまるで細長い糸で胸部とつながれているようである。アナバチに似た体型のこの種の特性の一つは芋虫を狩猟することである。

       砂地に住むジガバチ類は、鵞ペンほどの太さの穴を5センチくらいの井戸に掘り下げるとそこに卵を産み、幼虫の餌である捕獲した虫を貯蔵する。ファ-ブルが研究したプロヴァンスの四種はいずれも4月から9月が活動期である。ジガバチは井戸の底に冬の間蛹を保護するため柔らかくて暖かい繭を作る。産卵の後には選んでおいた大きめの砂で井戸をふさぐ。コジガバチ【Ammophila sabulosa】とジガバチ【Ammophila argentata] の場合は平な小粒の石で入り口をふさぐ。狩りから戻る度にこの入り口の蓋はあけられ、そして全く同じ位置にきちんと閉められる。ジガバチは自分が作ったこの巣には住まないが、驚くべき記憶力で確実にそこに戻ってくる。ジガバチの四種とも捕獲する餌は蛾の芋虫である。時には芋虫が蜂より15倍も重いことがあるが、それでもでこぼこの道を引きずって帰る!芋虫の体は体節で構成され、各節は腹部側で神経節を持ち、そこは感覚と運動の座である。合計すると独立した12の中枢がありそれは脳に相当する頭部神経節塊である。ジガバチは芋虫を瞬間的に麻痺させなければならないので、各獲物の神経系の構造を先天的に知っている。この芋虫はかなり大きく襲撃法と刺す場所が正確でないと逃げられる恐れがある。何と辛抱のいる監視であることか、まちぼうけを食うのはたびたびであり、この孤立した蜂の繊細な動向を見極め、分析し、理解するためにファ-ブルは何と優れた観察力を持っていることか。《長い間チャンスが訪れるのを監視し、不屈の忍耐力で待ちながら、しかもジガバチが現われた瞬間をとらえて観察しなければならないが、その時にはもう苦しさなどは思い浮べることもない》(1巻,「ジガバチ」)。

      その当時のルーペでは犠牲者の芋虫の傷跡をはっきり見ることはできなかったので、各体節の感覚を検査するために針で一つずつ突いてみなければならなかった。ジガバチは差し針を特定の一点に一回だけ刺す。その注射の毒はそこから特に四肢のある体節の方へ浸透していく。

       巣に戻った母蜂は、獲物の麻痺した体節の一つに正確に卵を一つ産み付ける。ジガバチの幼虫はまもなくこの膨大な餌を食い始める。《この膜肢目のジガバチは科学が羨むほどの正確さで[...]動物は自分の行為に気ずくことなく本能の衝動に従う。しかしこの驚嘆すべき霊感はどこから来るのか?隔世遺伝、自然淘汰、生存競争の理論は十分に満足のいく説明であるのだろうか?私と私の友人にとって昔から、本能は霊感によって世界を支配し、無意識を導く言葉を越えた論理の明確な表明であると思っている。この真実の閃きに心の底まで揺り動かされた私達は、二人とも名状しがたい感動の涙が頬を伝うのを感じた》(1巻、「ジガバチ」)。

      昆虫記中のジガバチ類についての数章は、膜肢目の多くの種にとって大変重要な発見であった。捕食虫の自然の行動を初めて明らかにしたことで、ファ-ブルが真の科学者であったことが分かる。ファ-ブル以前にはこれほど忍耐と鋭い観察力を持った昆虫学者は少なかった。おそらくそのせいで、このセリニャンの自然科学者と彼の繊細な記述が大きく非難され、拒絶された原因の一つであったと思われる。ファ-ブルの見事な研究は動物の行動と本能の分野に重大な影響を与えたが、それを確認するには百年後の赤外線写真、スローモーション映画などの現代テクノロジーを待たねばならなかった。

 

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【写真】獲物を麻痺させたジガバチ。