En réalité, au sein de l'oeuvre de Jean-Henri Fabre, si vaste et si diverse, il convient de souligner quelques caractères essentiels. Chaque page nous apporte l'évocation d'un lieu personnel, véhicule des souvenirs et fait surgir à notre esprit la silhouette de l'homme au regard profond, coiffé du chapeau à larges bords, celui que portaient les félibres, d'un homme solide, constant, jamais oublieux de son Rouergue natal, un homme bientôt totalement inféodé à son terroir, à la culture et à la langue de la lumineuse Provence.

     Fasciné par le réel, Fabre sait rendre intensément présents par la magie de ces descriptions, parfois anthropomorphiques, les plus divers aspects de la vie, nourrissant ou exaltant par là notre imaginaire, sans jamais toutefois nous éloigner des réalités propres au domaine du vivant. Il nous fait partager les joies de ses découvertes. A travers les nombreuses étapes de sa longue existence, nous le suivons sur son parcours passionné toujours établi en fonction d'un choix. Du Lévezou au mont Ventoux en passant par la Corse, la quête de Jean-Henri Fabre, inéluctablement, devait tôt ou tard le conduire à cet enclos constitué par l'Harmas où hommes, bêtes et plantes étaient mieux que nulle part ailleurs réunis pour constituer ce lieu d'élection qui conserve aujourd'hui tant d'éléments de son souvenir.

     Qu'il soit scientifique ou littéraire, chaque propos de l'oeuvre du naturaliste est rédigé selon un mode qui admet l'allégorie, fleure bon la poésie mais sait aussi enseigner. Fabre adopte aussi quand il le veut le langage académique qui sied à toute rédaction officielle. En toute circonstance, pour lui, la clarté s'impose : " La clarté est la souveraine maitresse de qui manie une plume."

     La curiosité l'a conduit à aborder les disciplines les plus variées, eu égard à tout ce qui est à sa portée, de la terre qu'il foule aux profondeurs du ciel. Et, de son regard pénétrant, il scrute l'esprit humain, avec en même temps le souci de se connaître lui-même. Pour Fabre, il n'existe pas de petites choses qui ne méritent d'être analysées, explorées jusque dans le moindre détail ; il va jusqu'à accorder une valeur essentielle à ce qui paraît être superflu. Il est parfois conduit à accorder une importance quasi mystique à ce que lui révèle le détail, tel les gestes instinctifs d'un insecte. Inspiration sublime qui, un jour, avec son ami John Stuart Mill, le bouleverse à un point extrême lui faisant percevoir l'ineffable logique qui régente le monde.

     La moindre contestation de ses travaux, s'il constate lui-même des faiblesses, tout ce qui peut entraîner une doute, amène de nouvelles études. Réapparaissent alors pour toutes les expériences un besoin de constat rigoureux et toujours renouvelé : " Intraitable disciple de saint Thomas, avant de dire oui, je veux voir et toucher, non une fois, mais deux, trois, indéfiniment, jusqu'à ce que mon incrédulité ploie sous le faix des témoignages. ", allant parfois jusqu'à exprimer " Comme je l'ai déjà maintes fois démontré, l'observation seule est souvent un leurre : nous en traduisons les données d'après les exigences de nos systèmes. Pour en faire émerger le vrai, doit nécessairement intervenir l'expérimentation seule capable de sonder un peu le ténébreux problème de l'intellect chez la bête ». (Souvenirs entomologiques, Série VII Les Criocères. & Série IV, "Aberrations de l'instinct".)

     Pour les mêmes raisons, en religion, en politique comme dans le domaine des sciences, Fabre dit non aux lois énoncées, exprime son horreur des théories. Ainsi, dans la remarquable suite de descriptions relatives aux hôtes qui accompagnent des coléoptères parasites, les méloés, il dit son plaisir bien apparent à voir le plus faible être le vainqueur, s'opposant ainsi aux théories et principes alors en vogue.

     Perturbé parfois par la brutalité des hypothèses admises, critique en permanence, il ne l'est pas moins par rapport à celle des faits soumis à sa propre observation. Le brigandage de la vie où le bien-être des uns est fondé sur la misère des autres, telles les activités des fossoyeurs des coléoptères nécrophores, les tueries des mantes religieuses et du carabe, sont heureusement compensées dans son besoin de tendresse par son admiration pour les attentions maternelles des scarabées. Ainsi, à certaines heures, a-t-il dû maudire ou se réconcilier avec l'entomologie, celle-ci donnant à la fois une éprouvante ou une idyllique vision du monde. Nous la lisons à tous moments à travers les lignes, cette aspiration à la douceur, par exemple lorsqu'il redoute les assauts brutaux de l'hiver : " Tous les jours d'hiver, le feu s'allume dans mon cabinet, un peu pour moi, un peu pour les bêtes."  En résumé, il hait la force, l'agression et la cruauté.

     C'est en somme une vie d'amour, d'amour fervent de la science et de la nature que nous trouvons dans chacun de ces chapitres, et c'est comme si nous la découvrions à mesure avec lui par la révélation des secrets de l'entomologie et de tant d'autres sciences dans le cadre fabuleux et privilégié de l'Harmas. Jusqu'au terme de la lecture, nous avons l'exemple d'une vocation indomptable, d'une perpétuelle interrogation sur la vie posée avec autant d'ardeur à l'approche de son terme que lors de la prime enfance.

     Enfin, en tout et pour tout, Fabre révèle une profonde aspiration, une véritable passion pour découvrir la vérité. Aussi nous ne fûmes guère surpris récemment de voir inscrit par lui en sous-titre sur une recherche relative aux propriétés de la garance, l'un de ses travaux inédits, cette maxime de Jean-Jacques Rousseau : Vitam in pendere vero. Consacrer une vie à la vérité.

Claude CAUSSANEL      

Yves DELANGE      

   

      ファ-ブルの作品は膨大で多様であるので、その中から主な特徴を少し強調する必要がある。各頁には彼が過ごした場所や思い出が詰まっている。読者は、ファ-ブルを深いまなざし、鍔の広いフェリブル帽をかぶり、堅実で粘り強く、生れ故郷のルエルグを決して忘れることはないが、彼の第二の故郷となった光り輝くプロヴァンスの文化と言葉に完全に同化した人の輪郭を想像する。

      虫に魅了されたファ-ブルは、彼の記述の魔力によって、人生のあらゆる様相を時には擬人化して強烈な現実感を持たせるすべを知っており、決して事実から離れることなく私達の想像を掻き立てた。彼の長い人生の多くの段階を通して、私達は彼が選んだ情熱の軌跡をたどることができた。そして彼は私達に彼の発見の喜びを分かち与えてくれた。レヴズウからコルシカを経てヴァントウー山まで、ファ-ブルの道のりは遅かれ早かれ必然的にアルマスの囲いに向うようになっていた。そこは人間や動物、植物が何処よりもまとまってこの完璧な場所を構成していた。今日でもアルマスはファ-ブルの思い出の数々を保存している。

      ファ-ブルが書くものは科学であれ文学であれ詩の香りが漂い、寓意が感じられる。しかし必要とあらばファ-ブルは学者の文体で書くこともできる。どんな場合でも彼にとって明晰さが優先される《明晰さは筆を持つ者の絶対者である》。

      ファ-ブルの旺盛な好奇心は、足元の土から空の果てまで、目にするさまざまな分野の研究に向けられた。彼の鋭い目は人間の心理を探究しながら、同時に自分自身を深く求めていたといえる。彼にとってどんなに些細なことでもつまらないものはなく、細部にいたるまですべてが研究の対象であった。他人から見れば一見無駄なようなことでさえ本質的な価値を有することがあり、時には昆虫の本能のちょっとした行動が啓示となることもあった。ある時、ファ-ブルはジョン・スチュアート・ミルと一緒にいた折、崇高な霊感に震撼させられ「世界を支配するのは言葉を越えた法則」であると実感した。

      ファ-ブルは彼の研究に対するほんのわずかの異議でも、また自らが確認した弱点であっても、少しでも疑念の余地があれば、それが彼を新しい研究へ駆り立る。これらの新しい実験にも正確な証明という抗いがたい彼の要求が再出する《聖トーマスの不屈の弟子である私は、承諾と言う前に一度ばかりではなく二度、三度いや何回でも、私の疑念が証拠の重みに屈服するまで、自分で見てそして触って確かめてみたいのだ》。時には《人は先入観の方向に実験データーを解釈するので、観察とは不完全なものである》とさえ言い切っている(7巻、「クビホソハムシ」)。

      同じ理由から、宗教や政治についても科学と同様、ファ-ブルは公認された理論に否と言い、嫌悪を感じている。寄生する甲虫目のツチハンミョウの見事な記述の中で、ファ-ブルは理論や流行の原則に反して、一番か弱い存在が勝利者となるのを見るのは嬉しいと言っている。

      時には公に認められた仮定の横暴さに困惑させられ批判を繰り返すが、それは彼の観察についても同じことであった。カマキリやオサムシの殺戮のように、他人の不幸の上に己の幸福を築く生の強奪はファ-ブルを悲しませたが、聖タマゴガネのけなげな母性愛がそれを救ってくれた。昆虫界は悪夢も素晴らしい夢も見られる世界だが、時にファ-ブルは、昆虫学を疎ましく思ったりまた仲直りをしている。昆虫記にはどの頁を開いても行間に、ファ-ブルのやさしさを読み取ることができる。例えば突然の寒さの襲来を危惧して《冬の間毎日私の仕事場には自分のために少しと、もう少しは虫のために火が焼べられる》。つまり彼は暴力、攻撃、残忍といったことを嫌っていた。

      ファ-ブルの人生は愛であり、自然や科学に対する燃えるような愛を、昆虫記の各章に見出すことができる。昆虫記を通して私達は昆虫界の秘密をかいま見ながら、アルマスという恵まれた環境でファ-ブルと一緒にこの愛の人生を発見していく。最後の頁まで生の疑問のために一生を捧げた人を見ることができる。彼は人生の最後に近づいても子供の時と同じ情熱で絶えず疑問を投げかける。

      昆虫記には真実を発見するためのファ-ブルの情熱と希求がいたるところに現われている。ファ-ブルの未発表のアカネの研究の副題に書かれている、ジャン・ジャック・ルソーの箴言「Vitam in pendere vero」、真実に一生を捧げる、はファ-ブルの人生そのものである。

         クロードゥ・コサネル    

                 イヴ・ドゥランジュ    

 

p 82

【写真】Table sur laquelle Fabre a écrit l'ensemble de son oeuvre et réalisé ses aquarelles de champignons.
Musée de l'Harmas.
ファ-ブルが昆虫記全巻やきのこの水彩画をかいた机。
アルマス博物館。