163 Pleurotus phosphoreus Omphalotus illudens西洋ツキヨタケの発光の謎

163-  Pleurotus phosphoreus Battara
解釈: Omphalotus illudens (Schw.) Sacc.
異名: Clitocybe olearia (D.C. : Fr.) Maire

仏名: Pleurote (または Clitocybe) de l'olivier 【オリ-ブの木のヒラタケ(またはカヤタケ)の意】
プロヴァンス語で 《Boulet d'Oulivier》 【オリーブの木のイグチの意】
【和名:なし、日本では Omphalotus 属はまだ一種も知られていない】

 

         La première publication mycologique de Fabre traite de la luminescence du Pleurotus phosphoreus(nom actuel = Omphalotus olearius (D.C. : Fr.) Sing. (voir pl. 163), le pleurote de l'olivier. Ce travail, à vrai dire, ne présente plus guère aujourd'hui qu'un intérêt historique, mais ce phénomène de luminescence a constitué une de ses préoccupations : il lui fallait trouver une explication :

      "   Interrogeons à ce sujet l'Agaric de l'olivier (Pleurotus phosphoreus Batt.), superbe champignon coloré de roux-jujube. Son nom vulgaire n'est pas des mieux mérités. Il est fréquent, il est vrai, à la base des vieux oliviers, mais je les cueille aussi aux pieds du buis, de l'yeuse, du prunellier, du cyprès, de l'amandier, de la viorne et autres arbres et arbustes. La nature du support paraît lui être assez indifférente. Un trait plus remarquable le distingue de tous les autres champignons de l'Europe. Il est phosphorescent.

A la face inférieure, et là seulement, il émet une douce et blanche luminosité semblable à celle du ver luisant. Il s'illumine pour célébrer ses noces et l'émission de ses spores. Le phosphore des chimistes n'est ici pour rien. C'est une combustion lente, une sorte de respiration plus active qu'à l'état ordinaire. L'émission lumineuse s'éteint dans les gaz irrespirables, l'azote, le gaz carbonique ; elle persiste dans l'eau aérée ; elle cesse dans l'eau privée d'air par l'ébullition. Elle est faible d'ailleurs au point de n'être sensible que dans une obscurité profonde. De nuit, et même de jour si les yeux sont préparés par une station préalable dans les ténèbres d'un caveau, c'est spectacle merveilleux que cet Agaric semblable à un morceau de pleine lune." (Série X, "Insectes et champignons".)

     Malheureusement, malgré ses efforts et ses réflexions, cette explication n'est pas entièrement satisfaisante, le fondement de l'énigme demeure : "On aimerait à connaître la substance oxydable qui donne à l'Agaric de l'olivier sa blanche et douce luminosité, pareille à des reflets de pleine lune. [...] Ces recherches de chimie patiente me tenteraient, si mon rudimentaire outillage, et surtout la fuite irréparable des longs espoirs me le permettaient. Il n'est plus temps, la durée manque." (Série X, "Mémorable leçon".)

     Enfin, autre phénomène, mais cette fois factice et mal fondé, que Fabre a lui-même rapproché de celui de la luminescence du pleurote de l'olivier, voici une anecdote rapportée par Camille Fauvel après une visite à l'Harmas de Fabre, où il avait rencontré son fils, Paul Fabre, en 1934 : (voir la planche 50).

 50 Clathrus ruber b   " L'attention de Fabre avait été attirée par un champignon d'une rare originalité, le Clathre cancellé (Clathrus cancelatus), que l'on ne trouve guère que dans le Midi, parfois en Bretagne et en Vendée. Le dessin décrira mieux ce végétal que de longues phrases. Sorte de cage sphérique, formée de lanières rouges, plates et espacées, il dégage une odeur repoussante. Notre savant avait découvert que ce champignon émet des radiations, pouvant à distance, à travers une boîte de carton par exemple, impressionner une plaque photographique. Les expériences se passèrent en 1908. Pour les reprendre l'année suivante, Fabre offrit aux écoliers du village cinq francs par champignon. Mais la poussée de ce végétal est aussi capricieuse qu'éphémère. Il n'en vint point cette saison-là.

Dans la suite, vaincu par l'âge, Fabre dut abandonner complètement ses travaux scientifiques. Je ne crois pas que les mystérieux rayons de ce bizarre cryptogame aient fait l'objet de nouvelles recherches. Fabre fit la même constatation pour un autre champignon de la même famille, non moins original et non moins malodorant, Ithyphallus impudicus. Il remarqua aussi que le Clitocybe de l'olivier, phosphorescent comme l'on sait, n'a pas cette propriété d'impressionner les plaques sensibles. Peut-être un jour, à ceux déjà découverts, un rayon nouveau viendra-t-il s'ajouter, du fait d'un mycologue avisé qui aura repris les expériences commencées par Fabre en 1908. Comme le monde des champignons ouvre d'immenses horizons! (Camille Fauvel 「J. H. Fabre, Mycologue; une visite à l'Harmas」 Revue de Mycologie, t.2, suppl. 1937)

【絵】Coprin pie, in Bulliard, 1791
「カササギ」ヒトヨタケ【和名なし】ビュリアールの「フランスのキノコ」から、1791年。  【絵】Coprin pie, in Bulliard, 1791 「カササギ」ヒトヨタケ【和名なし】ビュリアールの「フランスのキノコ」から、1791年。                            

西洋ツキヨタケの発光の謎

     ファ-ブルが最初に出した菌学の本は Pleurotus phosphoreus(現代の学名は Omphalotus olearius DC.: Fr.) SIng.図版163を参照)の発光性についてであった1 。この研究ははっきり言って、現在では歴史的な価値しかないが、発光現象は彼の大きな関心事のひとつであった。ファ-ブルはその原因を知る必要があった。                                                 
    《そのことについて、オリーブの木のヒラタケPleurotus phosphoreus Batt.)に尋ねてみよう。これはなつめ色の見事なキノコであるが、その俗名「オリーブの木」はあまりふさわしいものではない。確かに古いオリーヴの木の下部には頻繁に発生するが、ツゲ、西洋ヒイラギガシ、スロープラム、イトスギ、アーモンド、ガマズミなどの木の元でも、私はよく採集した。基物となる木の種類にはあまり関係がなさそうである。これはヨーロッパにおいては唯一の、燐の発光という特徴を持つキノコである。傘の下面、その下面だけが蛍の光りにも似たやさしくて白い光りを放つ。それは婚礼と胞子の発散を祝って光り輝いている。化学者のいう燐とは何の関係もない。これは緩やかな燃焼であり、普通の状態の時より活性化した一種の呼吸である。窒素や炭酸ガスのような窒息性のガスの中では、この発光は阻止されるが、空気を含んだ水の中では光り続け、沸騰した水のように空気のないところでは消えてしまう。その光りは深い闇の中でなければ見えないほど弱いものである。夜、あるいは昼間でも、あらかじめ地下倉のようなところに居て目を慣らしておけば、満月の一かけらのような不思議な光景を見ることができる》(10巻、「昆虫とキノコ」)。

    ファ-ブルの努力と考察ではあるが、残念ながらこの説明は必ずしも満足のいくものではなく、光りの謎の解明はなされていない。《オリーヴの木のハラタケに、満月の反映のようなやさしくて白い光りをもたらす酸化物質を知りたいのだ》(10巻、「忘れられない授業」)。

   1934年、アルマスを訪れ息子のポール・ファーブルにインタビュをしたカミーユ・フォヴェルによれば、ファーブルはもう一つ、おもしろいキノコの研究をしていた。それは西洋ツキヨタケの発光性と、アカカゴタケの放射線を関係ずけるものであった。しかしアカカゴタケの放射線というのは、偶然で根拠のないものである。

  《ファーブルの好奇心をかき立てたのは、風変わりで珍しいアカカゴタケClathrus cancellatus)であった...ファーブルはこのキノコが放射線を発することを発見しており、それはたとえば、離れた所に置いた紙の箱を通して写真の乾板を感光させるものであった...(彼は西洋ツキヨタケの発光性についても同じ指摘をしているが、私達はこのキノコに乾板を感光させる特性はないことを知っている)...この実験は1908年に行なわれた。翌年も同じ実験をするために、ファーブルは村の小学生に、このキノコ一本につき五フランを払う約束をした。しかしこのキノコの発生は、カゲロウと同じくらい気まぐれであった。この年は一本も見つからなかった。その後、寄る年並みには勝てず、ファーブルはこの科学的な研究を、完全に放棄せざるを得なかった》(カミーユ・フォヴェル、Camille Fauvel 「J. H. Fabre, Mycologue; une visite à l'Harmas」 Revue de Mycologie, t.2, suppl. 1937)。

p_86_b【左 à gauche】1889年10月と  【右 à droite】1893年5月を、aquarelles de Fabre réunies sur une même planche
一枚の図版にまとめたもの。ファ-ブルの水彩画, Collection privée Gérard Guerre ジェラール・ゲール氏所有。


Voir le sujet voisin

Pleurote "clair de lune" (Lampteromyces japonicus) ツキヨタケ

La nuit venue, la forêt par endroits s'illumine, comme ici par ces grands pleurotes bio-luminescents (toxiques). On peut lire les titres d'un journal, après quelques minutes d'adaptation à l'obscurité. Basidiomycota / Homobasidiomycetes / Tricholomatales / Marasmiaceae Synonymes : Pleurotus japonicus Kawam. 1915 ; Armillaria japonica (A. Kawam.)

FABRE : RECHERCHE DE LA PHOSPHORESCENCE DE L'AGARIC DE L'OLIVIER.

Les lueurs phosphorescentes émanées des corps vivants ont eu de tout temps le privilège de captiver l'intérêt même des personnes étrangères aux sciences. Habitués que nous sommes à ne voir émettre de la lumière que par les corps privés de vie, nous ne pouvons nous défendre d'un certain étonnement lorsque l'exercice de la vie se manifeste par des émanations lumineuses, soit dans une plante, soit dans un animal ; ce phénomène devient d'autant plus piquant pour nous, qu'il nous apparaît comme un empiétement de la nature vivante sur les propriétés physiques dévolues aux corps bruts. Grâce à une attention toute spéciale accordée à cette lumière d'origine vitale, le catalogue des animaux phosphorescents s'est rapidement et considérablement accru, en même temps que de savants observateurs ont consacré leurs veilles à nous dévoiler la cause des feux nocturnes des Lampyres, et des flammes de l'Océan allumées par d'infimes bestioles.

Moins bien partagés sous ce rapport, les végétaux n'offrent que quelques rares exemples de phosphorescence due au travail vital ; car, en laissant de côté les éclairs passagers signalés pour la première fois dans la Capucine par la fille de Linné, et reconnus depuis dans un petit nombre d'autres plantes phanérogames, en ne tenant compte de ces lueurs fugitives d'ailleurs problématiques pour beaucoup de physiologistes, on ne connaît guère qu'une dizaine au plus de végétaux doués d'une phosphorescence longtemps soutenue ; et, chose digne de remarque, cette propriété photogénique, qui ne se montre chez les animaux que dans les types inférieurs, les Insectes, les Myriapodes, les Mollusques, les Annélides, les Atéries, les Acalèphes, etc, n'apparaît également que dans les végétaux dont l'organisation est la plus simple.

Des Rhizomorphes, quelques Agarics, quelques Byssus, voilà les plantes qui se parent dans l'obscurité d'une auréole de flammes phosphoriques : plantes amies de l'ombre qui étalent leurs surfaces embrasées dans le tronc obscur et pourri d'un arbre, comme le Lumbricus phosphoreus et le Geophilus electricus déroulent dans de ténébreux couloirs les anneaux de leur corps pareil à un fil de métal chauffé à blanc. Nous sera-t-il jamais donné de saisir pour quels étranges motifs la nature sème la lumière sur le corps d'animaux aveugles et vivant dans les entrailles du sol, et sur quelques chétives plantes qui fuient également la clarté du jour, et ne prospèrent que dans une demi-obscurité ?

Mais nous sommes loin encore de pouvoir nous poser avec fruit de pareilles questions ; nous sommes loin de pouvoir réunir en un seul faisceau les mille fils épars de ces phénomènes complexes. Un pas est cependant déjà fait : on connaît aujourd'hui, dans la plupart des cas, la cause de la phosphorescence chez les animaux ; on sait qu'elle est généralement due à une véritable combustion, à la combinaison lente d'une substance particulière avec l'oxygène de l'air, combinaison accompagnée d'effluves lumineux et d'un dégagement d'acide carbonique. Les végétaux, par cela même qu'ils présentent plus rarement ces émanations phosphorescentes, ont été beaucoup moins étudiés sous ce rapport.

Les Rhizomorphes seuls, connus depuis longtemps comme phosphorescents, ont déjà fait le sujet de quelques recherches démontrant que les émanations lumineuses de ces Champignons dans le vide ou dans un gaz irrespirable, et présentent, par conséquent, de grandes analogies avec la phosphorescence des Lampyres. Quant aux autres végétaux lumineux, on est réduit à des conjectures plus ou moins probables.

Faut-il, pour expliquer leurs propriétés photogénique, invoquer des éclairs électriques, ou une sorte d'imbibition de lumière solaire redevenant lentement libre dans l'obscurité? Faut-il admettre que ces lueurs sont analogues à celles que la chaleur, la lumière et l'électricité font naître dans un grand nombre de corps bruts, ou bien doit-on les regarder comme le résultat d'une combustion lente entretenue par le travail respiratoire ?

Si cette dernière opinion paraît la plus probable, surtout après les résultats déjà fournis par les Rhizomorphes, elle est bien loin cependant d'être encore parfaitement démontrée. Aussi M. Tulasne, tout en admettant cette explication, ne peut, en terminant son Mémoire sur la phosphorescence de l'Agaricus olearius, s'empêcher d'ajouter : « Il serait à souhaiter, tant pour l'éclaircissement de ces questions que pour l'histoire particulière de l'Agolearius qu'un jour quelque expérimentateur vint à rechercher si, pendant sa phosphorescence, il aspire proportionnellement plus d'acide carbonique que lorsqu'il est ténébreux, et s'il manifeste alors une élévation de température ; un double résultat approximatif peut être obtenu (Ann des sc. nat. 3° série, t. IX). »

L'Agaricus olearius, si abondant aux pieds des Oliviers dans toute la Provence, dans les mois d'octobre et de novembre, peut, par l'éclat de sa phosphorescence, lutter avec tout ce que les régions tropicales peuvent nous offrir de pareil. Il se prète, en outre, à merveille, par sa taille et par son abondance, aux essais de l'analyse chimique. Dans le but de combler le postulatum de M. Tulasne, j'ai donc entrepris en novembre quelques recherches sur ce merveilleux Champignon, et c'est avec une profonde satisfaction que j'ai vu se réaliser, du moins en grande partie, les prévisions du savant mycologue.

Il est complètement inutile, après tout ce qui a été dit, soit par M. Delile (Nouvel examen de la phosphorescence de l'agaric de l'Olivier), soit par M. Tulasne (Loc. cit.), de s'arrêter à décrire la phosphorescence de cet Agaric ; j'ajouterai seulement que, moins heureux que ce dernier observateur, je n'ai pu voir de phosphorescence, soit sur le stipe et dans sa substance interne, soit dans celle du chapeau. Pour moi les lueurs phosphoriques n'ont jamais éclaté autre part que sur les lames, et, si la lecture du mémoire de M. Tulasne ne m'en avait averti, je n'aurais pas soupçonné, malgré de nombreux essais sur des Agarics de tout âge, que la phosphorescence pût se montrer ailleurs.

Ce résultat négatif n'infirme cependant en rien l'assertion contraire ; car, d'après M. Tulasne lui-même, le siège de la phosphorescence est d'abord, et le plus souvent, la surface des lames ou de l'hymenium, et un grand nombre de jeunes Champignons très phosphorescents dans leurs feuillets, ne le sont dans aucun autre point. D'après le même auteur, la phosphorescence de l'Agaric de l'Olivier est un phénomène capricieux, parce qu'il est, sans doute, soumis à des influences très obscures, à toutes celles, par exemple, qui modifient la végétation du Champignon.

Or les observations de M. Tulasne ont été faites à Hyères (Var), par une température de 18 à 20 degrés, vers le milieu du jour; tandis qu'à Avignon je n'ai eu pour les miennes qu'une température de 10 à 12 degrés, et très fréquemment même moindre. Cette différence assez considérable de température pourrait bien être la cause du défaut constant de phosphorescence dans le stipe et le chapeau de mes Agarics ; car, ainsi que nous le verrons bientôt, un abaissement convenable de température éteint la phosphorescence des lames, et il n'y aurait rien d'étonnant à ce que les lueurs du stipe, bien moins constantes que les précédentes, fussent impossibles à la température à laquelle j'ai opéré.

Je suis d'autant plus porté à admettre cette explication qu'en chauffant artificiellement quelque temps mes Agarics, j'ai vu parfois surgir sur le stipe, d'abord complètement obscur, quelques lueurs, mais si fugaces, si faibles, que je les aurais laissé passer inaperçues si mon attention n'avait été particulièrement dirigée sur ce point. Ces résultats divers ne sont donc contradictoires qu'en apparence, et peuvent s'expliquer par la différence des températures auxquelles les observations ont été faites de part et d'autre.

Je ne m'arrêterai pas davantage à exposer que la phosphorescence de l'Agaric de l'Olivier n'est pas un effet de la décomposition, comme le croyait De Candolle; qu'elle n'est pas occasionnée par le parasitisme d'une Mucédinée, comme le soupçonnait M. Fries, mais qu'elle est parfaitement spontanée, ainsi que l'ont très bien reconnu MM. Delile, Léveillé (Dict. univers., voc. AGARIC, p. 166) et Tulasne. N'ayant donc rien à glaner de nouveau sur ces divers points, je me bornerai à l'exposé des diverses épreuves physiques ou chimiques auxquelles j'ai soumis l'Agaric, et des résultats ainsi obtenus.

§ 1. L'Agaric de l'Olivier est phosphorescent aussi bien pendant le jour que pendant la nuit.

M. Delile a cependant affirmé le contraire. Je rapporterai ici ses propres expressions, où je crois voir la cause de son peu de succès à découvrir la phosphorescence diurne : « Ils commençaient à être lumineux une heure avant la nuit, et continuaient jusqu'après le commencement du jour du lendemain. Quelque grande qu'ait été l'obscurité des lieux où je les ai tenus le jour, ils n'y ont jamais donné de lueur que la nuit. Je l'ai expérimenté ainsi dans les galeries profondes, souterraines, des mines de la citadelle de Montpellier. »

On voit que M. Delile n'a tenu aucun compte de l'énorme différence qui se manifeste dans la sensibilité de la vision lorsqu'on passe de la lumière en plein air dans l'obscurité d'un souterrain. Qui ne sait qu'en passant de la lumière directe à la lumière douteuse d'un appartement, il faut un certain temps pour que l'oeil s'habitue, pour ainsi dire, à cette dernière, et qu'on n'aperçoit pas d'abord les objets qu'on apercevra plus tard sans la moindre difficulté ? Telle est, à n'en pas douter, la cause de l'assertion de M. Delile ; un séjour un peu plus prolongé dans l'obscurité lui aurait démontré le contraire. La clarté répandue par l'Agaric paraît assez intense dans une profonde obscurité; cependant son pouvoir éclairant est excessivement faible, et n'est pas suffisant pour permettre, par exemple, de lire l'heure à une montre.

Cette clarté ne peut donc être perceptible pour l'oeil qu'autant que la sensibilité de cet organe est devenue plus exquise par un séjour préalable et assez long dans l'obscurité. En passant d'une chambre très faiblement éclairée par un ciel tout couvert de nuages dans un caveau parfaitement obscur où j'avais mis des Agarics qui, la veille au soir, étaient resplendissants, il m'était impossible, même après un séjour de quelques instants, de voir la moindre trace de phosphorescence. Quelque temps j'ai été dupe de cette illusion, et j'ai cru, comme M. Delile, que les lueurs de l'Agaric ne se manifestaient, que pendant la nuit. Mais, comme cette intermittence du phénomène ne pouvait s'accorder avec son mode de formation, le soupçon m'est venu que, malgré mon passage d'une lumière très faible à l'obscurité du caveau, l'oeil pouvait bien ne pas être impressionné immédiatement par les lueurs phosphorescentes de l'Agaric. Alors, en prolongeant mon séjour dans le caveau, la vérité s'est enfin dévoilée.

L'Agaric m'a d'abord apparu comme enveloppé d'une nébulosité laiteuse à peine sensible, graduellement cette lueur a augmenté, et elle a fini par embraser la surface des lames avec la même intensité que pendant la nuit. Une fois averti, j'ai recommencé mon expérience à toutes les heures du jour, pendant les vives clartés d'un ciel très pur comme dans les journées pluvieuses et sombres, toujours avec le même succès, lorsque ma patience n'était pas lassée avant l'apparition lumineuse. L'Agaric de l'Olivier est donc phosphorescent le jour comme la nuit, et avec la même intensité ; ce qui m'a permis de faire la plupart de mes expériences à tous les instants de la journée indifféremment.

D'après M. Schmitz (Linnoea, XVII, p. 527), les Rhizomorphes en pleine végétation luisent aussi bien le jour que la nuit ; et, d'autre part, M. Tulasne n'a pu au milieu du jour être témoin de la phosphorescence des mêmes végétaux transportés dans un lieu très obscur. N'y aurait-il pas ici en jeu la même illusion qui a mis en défaut les observations de M. Delile ? Cela me paraît fort probable, car la lumière des Rhizomorphes, s'éteignant dans les gaz irrespirables, doit être l'effet d'une combustion lente ; alors la périodicité du jour et de la nuit ne pouvant exercer qu'une influence insignifiante, si ce n'est totalement nulle, sur la respiration de végétaux lucifuges, et qui d'ailleurs absorbent l'oxygène de l'air aussi bien à la lumière que dans I'obscurité, ne saurait donner lieu à une phosphorescence intermittente.

§ II L'exposition à la lumière solaire est sans influence sensible sur la phosphorescence de l'agaric de l'Olivier.

Les expériences de M. de Boyle, de Dufay, de Beccari, de Dessaigues, nous ont appris que tous les corps, exposés plus ou moins longtemps aux rayons du soleil, acquièrent la propriété de briller ensuite dans l'obscurité, comme s'ils émettaient alors la lumière absorbée par une imbibition préalable. Cette imbibition est-elle indispensable pour la manifestation des effluves lumineux de I'Agaric ? Nullement. Le Champignon, par un temps pluvieux et sombre, est aussi phosphorescent que lorsqu'il a reçu pendant toute la journée la lumière d'un ciel sans nuages. Non content de ce résultat si concluant, je n'ai pas manqué de faire une expérience plus concluante encore. D'une même touffe d'Agarics, dont j'avais préalablement constaté, l'égalité de phosphorescence, j'ai fait deux parts : l'une a été placée dans une boîte d'herborisation, fermée et reléguée dans un coin d'un caveau parfaitement obscur; l'autre est restée exposée, la majeure partie du jour, aux rayons directs du soleil.

La nuit venue, j'ai, pendant presque toute une semaine qu'à duré la phosphorescence, comparé chaque soir la lumière des Agarics, et je n'ai absolument, pu saisir la moindre différence d'éclat entre les Champignons qui avaient séjourné dans de profondes ténèbres, et ceux qui avaient reçu tout le jour la lumière. du soleil. Je suis loin de nier que la lumière solaire, qui exerce une si grande influence sur tous les êtres vivants, soit sans effet sur ce Champignon ; mais je n'en suis pas moins persuadé qu'elle n'entre pour rien dans la production de sa phosphorescence, en tant qu'elle pourrait être assimilée aux lueurs qui se dégagent des corps exposés quelque temps au soleil. Bien plus, l'obscurité et la lumière occasionnent, sans doute, dans le travail respiratoire de la plante des modifications qui retardent ou accélèrent, par exemple, l'inspiration des fluides ambiants ; cependant ces modifications sont si faibles qu'elles ne se traduisent au dehors par aucun changement sensible dans l'intensité de la phosphorescence. Et ceci ne doit nullement nous étonner chez des plantes qui végètent de préférence à l'ombre ou même dans l'obscurité.

§ III L'état hygrométrique de l'atmosphère n'influe point sur la phosphorescence.

Les éclairs fugitifs, observés sur la Capucine et sur d'autres fleurs à corolle jaune ou orangée, ne se montre jamais, dit-on, lorsque l'atmosphère est pluvieuse et humide, mais de préférence lorsque l'air est dans un état électrique manifeste, dans les soirées de journées chaudes et orageuses. Les lueurs de l'Agaric de l'Olivier ne demandent pas pour se produire un état spécial de l'atmosphère. M. Tulasne a déjà vu luire ce Champignon pendant une soirée pluvieuse, aussi bien que pendant des jours de sécheresse. Plus favorisé par les circonstances, j'ai pu recommencer cette expérience sur une plus grande échelle.

Pendant nue bonne partie de novembre, il a plu à Avignon nuit et jour, presque sans discontinuer. Durant ces pluies, j'ai recueilli à plusieurs reprises des Agarics, et leur phosphorescence avait l'intensité habituelle. A ces pluies a succédé, comme d'ordinaire dans ces contrées, une de ces fortes bises, qui rendent l'air d'une sécheresse et d'une transparence extrêmes. Dans des circonstances hygrométriques si différentes, la phosphorescence de l'Agaric n'a varié ni en plus, ni en moins, tant que la température ne s'est point abaissée suffisamment pour l'éteindre. D'ailleurs placé sous une cloche dans une atmosphère saturée d'humidité, immergé même entièrement sans l'eau, l'Agaric de l'Olivier jette des lueurs aussi vives qu'à l'air libre, que dans l'atmosphère chaude et aride d'un appartement chauffé par un poêle tout rouge.

Ce n'est pas à dire cependant que l'humidité n'exerce aucune action sur sa phosphorescence ; il faut évidemment à l'Agaric pour luire la quantité d'eau nécessaire à l'exercice de la vie, à la turgescence des tissus. En effet l'Agaric desséché au delà de cette limite meurt et perd en même temps pour toujours sa phosphorescence. Les Rhizomorphes, d'après M. Tulasne, perdent également la faculté de luire par un commencement de dessiccation, insuffisant néanmoins pour faire périr la plante. Il ne faut donc à l'Agaric qu'un certain degré d'humidité interne, indispensable à l'entretien de la vie ; et tant que cette humidité organique se conserve, le milieu ambiant peut passer par des états hygrométriques extrêmes, la surface de l'hymenium peut ruisseler d'humidité, ou être parfaitement sèche, sans que la phosphorescence soit altérée.

§ IV. La chaleur, tant qu'on ne sort pas de certaines limites, ne modifie point l'éclat de la phosphorescence.

Beaucoup de substances minérales, telles que le sulfate de chaux, le fluorure de calcium, les phosphates de baryte et de magnésie, etc., possèdent à un haut degré la faculté d'émettre de la lumière après une élévation plus ou moins grande de température. L'expérience prouve même que généralement l'éclat de la phosphorescence est proportionnel au degré de température. Cette propriété de la nature inorganique n'a encore rien de commun avec la phosphorescence de l'Agaric de l'Olivier. J'ai, en effet, plusieurs fois divisé un Champignon en deux moitiés égales, et également lumineuses ; j'ai expose l'une à une température de 30 à 40 degrés près du foyer, et l'autre à une température de 10 degrés.

Après le temps nécessaire aux deux moitiés d'Agaric pour prendre la température ambiante, je les ai rapprochées l'une de l'autre, et comparées dans l'obscurité, sans jamais pouvoir reconnaître la moindre différence dans l'éclat de leur phosphorescence, ce qui aurait infailliblement eu lieu si l'intensité de ce phénomène était en rapport avec la température, comme dans les corps bruts. Ainsi, lorsque le degré de chaleur indispensable à la pleine manifestation de la phosphorescence est atteint, et ce point me paraît voisin de 8 ou 10 degrés, un surcroît de chaleur de 20 on de 30 degrés n'augmente pas, d'une manière appréciable à nos sens, les émanations lumineuses.

§ V. Limites de température au delà desquelles la phosphorescence cesse momentanément ou pour toujours.

L'Agaric de l'Olivier, exposé pendant quelques minutes à l'air froid de la nuit, par une température de + 3° ou + 4°, perd très rapidement et complètement sa phosphorescence, mais il la reprend tout aussi rapidement et tout aussi brillante que jamais lorsqu'il est de nouveau soumis à une chaleur supérieure de quelques degrés. Sa lueur reparaît par degrés insensibles, et acquiert son maximum d'éclat vers 8 on 10 degrés ; au delà, l'éclat cesse d'augmenter d'une manière appréciable. Cette extinction passagère peut devenir permanente, si le séjour dans l'air froid se prolonge trop. Des Agarics ayant passé toute la nuit à l'air libre et froid n'émettaient plus de clarté le lendemain. La température était de + 2° à dix heures du soir, et elle avait sans doute baissé encore davantage pendant la nuit, sans atteindre cependant le point de congélation, comme le prouvait un vase plein d'eau, qui le lendemain matin n'avait aucune pellicule de glace.

Plongé dans l'eau chaude, le temps nécessaire à sa mise en équilibre de température, l'Agaric sort de ce bain sans modification dans sa phosphorescence, quel que soit le degré de chaleur, pourvu qu'il n'arrive pas à 50 degrés environ. Si ce point est atteint, la phosphorescence disparaît complètement, et ne peut plus être réveillée. Les corps inorganiques phosphorescents par une élévation de température, peuvent également perdre cette faculté, lorsque la chaleur a dépassé certaines limites, vraisemblablement par suite de quelques perturbations dans l'arrangement moléculaire. Pour expliquer l'extinction de l'Agaric, il n'est pas nécessaire de faire intervenir ces forces de la nature morte.

Rappelons-nous qu'à 50 degrés, l'immersion du doigt dans l'eau chaude commence à ne pouvoir être supportée sans une vive douleur ; que l'albumine, ce principe si important des plantes comme des animaux, se coagule à une température peu éloignée de la précédente, à 60 degrés ; et nous n'hésiterons pas à croire que, si la phosphorescence de l'Agaric cesse dans de l'eau à 50 degrés, c'est parce que la vie de la plante est impossible dans un pareil milieu.

D'autres Agarics placés sur leur chapeau, au-dessus d'un poêle bien chaud, ont continué cependant à jeter leurs lueurs phosphorescentes, alors même que leur couche externe était déjà carbonisée. Ici évidemment la faible conductibilité de la substance du pileus a préservé la lame de l'hymenium, dont la phosphorescence n'a cessé que lorsque une température trop élevée s'est propagée jusqu'à elle. M. Tulasne a vu également des Rhizomorphes s'éteindre par l'immersion dans de l'eau à 55 degrés, et d'autres continuer à luire faiblement, après avoir été présentés à la flamme d'une bougie assez longtemps, pour que leur chaleur acquise fût très appréciable au toucher.

Les premiers étaient morts apparemment, et je suis persuadé qu'on n'aurait pu les faire revivre, comme on le fait pour ceux qui ont été simplement desséchés ; les seconds, pareils à mes Agarics exposés sur le poêle, n'étaient frappés de mort que dans les parties suffisamment chaudes, et ne continuaient à luire, que là où une température trop élevée n'avait pas encore pénétré. Si, à + 2°, la phosphorescence de l'Agaric devient également impossible, c'est que cette température est bien voisine du point de congélation de l'eau, et il n'est guère probable qu'une plante aussi délicate puisse résister à la congélation. Ainsi, en deçà comme au delà de ces deux limites, + 2° et + 50°, la phosphorescence de l'Agaric cesse, parce que la vie cesse elle-même, et non à cause de quelques modifications occultes, analogues à celles que la chaleur apporte dans l'agrégation moléculaire des corps bruts phosphorescents.

§ VI. La phosphorescence est la même dans de l'eau aérée qu'à l'air libre, niais elle n'a pas lieu dans de l'eau privée d'air par l'ébullition.

MM. Delile et Tulasne ont déjà reconnu que l'immersion dans l'eau ordinaire ne modifie point la phosphorescence de l'Agaric de l'Olivier, dont l'éclat est aussi intense dans ce milieu qu'à l'air libre. On pourrait d'abord attribuer cette phosphorescence dans l'eau à l'action de l'air logé entre les lamelles de l'hymenium ; mais il n'en est rien, car, en exprimant fortement l'Agaric sous l'eau, de manière à dégager l'air interposé, la phosphorescence continue avec la même intensité ; ou bien si l'état paraît diminuer, c'est parce qu'on a coloré en jaune et troublé l'eau en exprimant ainsi le Champignon. Dès que cette eau trouble est remplacée par d'autre limpide, on voit que la phosphorescence n'a, en effet, rien perdu. Après un séjour d'une dizaine d'heures de l'Agaric dans un verre d'eau, la phosphorescence est à peu près éteinte, et le liquide trouble l'eau de chaux, preuve d'un dégagement de gaz acide carbonique formé aux dépens de l'oxygène en dissolution.

Si l'immersion, au lieu de se faire dans de l'eau ordinaire, c'est-à-dire renfermant de l'air dissous, se fait dans de l'eau purgée d'air par l'ébullition et ramenée à sa température ordinaire, les choses se passent tout autrement. Dans les premiers instants, l'Agaric répand encore une faible phosphorescence ; mais ces lueurs douteuses décroissent presque à vue d'oeil, et bientôt le Champignon n'offre plus le moindre vestige de phosphorescence, quelle que soit la durée de l'immersion. Ramené à l'air, il reprend aussitôt son éclat habituel, pour le perdre encore par une seconde immersion, et ainsi de suite. Si le Champignon n'est qu'à moitié émergé, la phosphorescence n'a lieu que sur la partie en rapport avec l'atmosphère, et ne se communique pas à la partie encore dans l'eau.

Ainsi, tour à tour plongé ou dans l'eau, ou dans l'air, l'Agaric perd ou reprend sa phosphorescence. La réapparition de la lumière à l'air est instantanée ; son extinction dans l'eau est au contraire graduelle. Ce retard de l'extinction ne saurait être attribué qu'à la mince lame d'air que l'hymenium entraîne avec lui. Tant que dure cette minime provision d'air, l'émission lumineuse persiste ; dès qu'elle est épuisée, l'obscurité devient complète. Le contact de l'air est donc indispensable à la manifestation de la phosphorescence de l'Agaric, et il devient déjà fort probable que ses parties lumineuses doivent leur propriété caractéristique à une absorption d'oxygène, proportionnellement plus grande que celle que peuvent opérer ses parties obscures. Il est en même temps très digne de remarque que les surfaces phosphorescentes, les lamelles de l'hymenium, peuvent indistinctement puiser l'élément comburant et dans l'air élastique, et dans l'air dissous dans l'eau, se comportant ainsi tour à tour, et suivant le milieu, soit comme les poumons des animaux aériens, soit comme les branchies des animaux aquatiques.

§ VII. La phosphorescence s'éteint dans le vide et dans les gaz irrespirables.

D'après ce qui précède, on doit s'attendre à l'extinction de la phosphorescence dans le vide et dans les gaz, autres que l'oxygène et l'air atmosphérique. L'expérience est parfaitement d'accord avec cette prévision. J'ai exposé des fragments phosphorescents d'Agaric dans le vide barométrique et dans quelques gaz irrespirables, l'hydrogène, l'acide carbonique, le chlore. Dans tous les cas, le Champignon est devenu aussitôt et complètement obscur. Après avoir séjourné dans le vide, l'hydrogène ou l'acide carbonique, même plusieurs heures, l'Agaric reprend aussitôt à l'air tout l'éclat qu'il avait auparavant. Cependant un séjour trop prolongé dans l'acide carbonique affaiblit notablement cet éclat, comme si ce gaz exerçait une action délétère sur la plante.

Après six heures d'immersion dans une atmosphère d'acide carbonique, l'Agaric ne reprend plus à l'air qu'une phosphorescence très affaiblie. Le chlore agit d'une manière plus délétère encore, puisque quelques instants d'immersion dans ce gaz suffisent pour anéantir irrévocablement la faculté de luire à l'air libre. Aussi la substance du Champignon est-elle profondément altérée ; ses feuillets perdent presque aussitôt leur couleur jaune doré, et deviennent d'un beau blanc, en même temps que la cuticule du chapeau passe du fauve ardent au jaune très pâle.

§ VIII. Action de l'oxygène.

Dans l'oxygène pur, la phosphorescence n'est pas avivée ; c'est toujours, comme dans l'air, la même lueur calme, blanche et égale, rappelant celle de l'huile tenant du phosphore en dissolution. En considérant l'émission de lumière du Champignon comme l'effet d'une combustion lente, ainsi que les précédents résultats portent déjà à le faire, on ne se rend pas compte d'abord du peu d'action de l'oxygène pur sur les surfaces phosphorescentes de l'Agaric. Mais si l'on se rappelle que, dans l'eau aérée, la phosphorescence est aussi vive qu'à l'air libre, on voit qu'il n'y a pas de raison pour que, dans l'oxygène, elle devienne plus intense que dans l'air ordinaire.

Les lamelles de l'hymenium, se comportent de la même manière dans l'eau aérée, l'air atmosphérique et l'oxygène pur, et quelle que soit la richesse en élément comburant de l'un ou de l'autre de ces trois milieux, pourvu qu'elle soit suffisante, elles n'y inspirent dans un temps donné qu'un volume déterminé de cet élément, ce qui produit l'invariabilité de l'éclat phosphorescent. Ces bornes imposées à l'inspiration, dans le passage d'un milieu à un autre plus riche en oxygène, se retrouvent même chez les animaux supérieurs. Les Poissons, tant que leurs branchies conservent un état d'humidité convenable, respirent à l'air libre, où ils n'absorbent ni plus ni moins d'oxygène que dans l'eau aérée, et cependant ce liquide ne renferme environ que les 0,027 de son volume d'air dissous.

La matière lumineuse des Lampyres, qui, d'après les recherches de Macaire et de Matteucci, répand sa phosphorescence par suite d'une combustion lente pareille à celle du phosphore exposé à l'air, jette, à ce qu'il paraît, des lueurs plus vives dans l'oxygène pur. Quelques recherches que j'ai faites sur le Lumbricus phosphoreus ne m'ont rien présenté de pareil, et cependant sa phosphorescence est bien certainement due à la même cause, puisque la substance lumineuse de cet Annélide est un liquide onctueux qui s'étale sous le doigt, et laisse des traînées lumineuses partout où il a touché. J'ai vu les lueurs du Lombric s'éteindre dans le vide et dans les gaz irrespirables, et conserver un éclat invariablement le même dans l'eau aérée, dans l'air atmosphérique et dans l'oxygène pur, absolument comme le fait la phosphorescence de l'Agaric.

D'ailleurs ne sait-on pas que le phosphore lui-même, type par excellence dans de pareilles questions, ne donne aux températures ordinaires et dans l'oxygène pur que de faibles lueurs, bien intérieures à celles qu'il produirait à la même température dans l'air ordinaire, ou même n'en donné pas du tout ? Un bâton de phosphore, placé dans une cloche pleine d'oxygène et en communication avec une machine pneumatique, est d'abord obscur ; à mesure qu'on raréfie l'atmosphère comburante qui l'enveloppe, on voit ses lueurs se manifester, et ce n'est que lorsque cette atmosphère a été réduite au cinquième de sa densité primitive, c'est-à-dire précisément à la densité de l'oxygène contenu dans l'air, que la phosphorescence apparaît intense comme dans l'air atmosphérique. D'après cela, il n'y a rien d'étonnant si la phosphorescence de l'Agaric, bien que produite par une véritable combustion, ne soit pas activée dans l'oxygène pur ; qu'elle y soit au contraire pareille à celle qui a lieu dans de l'eau aérée ou dans l'air ordinaire. Si elle y devenait moins intense, si elle s'y éteignait totalement, nous n'aurions pas même encore le droit de ne pas la regarder comme l'effet d'une oxydation.

Après trente-six heures de séjour dans l'oxygène, l'Agaric n'émet qu'une lumière très affaiblie, pendant qu'un second fragment du même Champignon, laissé pour terme de comparaison à l'air libre, est aussi brillant qu'au début de l'expérience. Cependant l'atmosphère d'oxygène est loin d'être épuisée, et je ne saurais attribuer cet affaiblissement de l'éclat lumineux qu'à l'action délétère que le gaz acide carbonique formé paraît exercer sur la plante, comme je l'ai dit plus haut, et comme le prouve l'expérience suivante : un fragment d'Agaric bien lumineux, plongé dans un mélange de 1/5e d'acide carbonique et de 4/5e d'oxygène, a diminué peu à peu d'éclat ; au bout d'une heure il avait déjà beaucoup perdu de sa phosphorescence, cinq heures après il était totalement éteint, mais susceptible de reprendre à l'air ses lueurs.

§ IX Lorsqu'il est phosphorescent, l'Agaric de l'Olivier expire proportionnellement plus d'acide carbonique que lorsqu'il est obscur.

Pareils sous le rapport de la respiration aux parties des végétaux colorées autrement qu'en vert, les Champignons puisent constamment de l'oxygène dans l'atmosphère, et exhalent un volume correspondant d'acide carbonique, aussi bien sous l'influence de la lumière que dans l'obscurité. Cette oxydation incessante est à son maximum dans l'Agaric de l'Olivier pendant sa période de phosphorescence, et va s'affaiblissant presque de moitié pendant la période obscure, quoique le Champignon soit encore parfaitement sain, et paraisse végéter aussi vigoureusement qu'à toute autre époque. Voici le résultat d'une expérience faite dans le but de constater cette différence dans la proportion d'acide carbonique exhalé. Les fragments d'Agaric employés ont été pris dans l'état le plus sain possible, et ne contenaient que la substance du pileus et les lamelles correspondantes, le stipe que je n'ai jamais vu luire étant toujours rejeté. Les flacons contenant des fragments d'Agaric plongés dans de l'oxygène pur ont été tenus dans un caveau parfaitement obscur, par une température invariable de 12 degrés centigrades. La durée de l'expérience a été de trente-six heures.

Poids du fragment d'Agaric phosphorescent : 12 grammes ;

Volume de I'Oxygène : 263 centimètres cubes ;
Volume de l'acide carbonique exhalé : 53 centimètres cubes.

d'où 1 gramme de Champignon phosphorescent a exhalé en trente-six heures 4,41 centimètres cubes d'acide carbonique.

Poids du fragment d'Agaric obscur : 18 grammes ;
Volume de l'Oxygène : 260 centimètres cubes ;
Volume de l'acide carbonique exhalé : 52 centimètres cubes ;

ou par gramme de substance 2,88 centimètres cubes.

Dans l'espace de trente-six heures, 1 gramme de Champignon lumineux expire donc 1,53 centimètre cube, d'acide carbonique de plus que le même poids de Champignon obscur. D'après Müller (loc. cit. t.1, p. 237 ), 100 grains de Grenouille expirent en cent minutes 0,05 pouces cubes d'acide carbonique ; ce qui, rapporté aux unités précédentes, fournit 4,03 centimètres cubes de ce gaz en trente-six heures pour 1 gramme de substance de l'animal ; c'est à dire qu'à poids égal et dans le même temps, I'Agaric de l'Olivier, dans sa période de phosphorescence, produit un peu plus d'acide carbonique qu'un animal à sang froid, qu'une Grenouille adulte.

On voit donc que I'Agaric phosphorescent est le siège d'une oxydation assez active, supérieure à celle qui se produit chez les Poissons et les Reptiles ; mais on peut se demander encore si cet excès d'oxydation pendant la période lumineuse est bien réellement la cause de la phosphorescence, et si cette dernière, reconnaissant une autre origine, ne pourrait se manifester avec un dégagement moins abondant d'acide carbonique. En un mot, la phosphorescence et l'oxydation par excès sont-elles toujours simultanées ?

Pour résoudre cette question, il faut plonger un fragment d'Agaric phosphorescent dans une atmosphère respirable, et dans des circonstances qui l'empêchent de luire sans lui faire subir toutefois aucune altération. Si la quantité d'acide carbonique expiré reste la même, que précédemment, l'oxydation n'est pas la cause de la phosphorescence ; mais si cette quantité diminue notablement pendant que le Champignon ne peut luire, il ne sera plus permis de douter que la phosphorescence ne soit le résultat d'une combustion. J'ai déjà dit qu'un abaissement de température diminue vers certaines limites l'émission lumineuse, et que vers 4 degrés l'Agaric ne peut plus luire.

J'ai utilisé cette propriété et des circonstances favorables pour faire l'expérience suivante. Deux fragments d'Agaric, l'un phosphorescent, l'autre obscur, ont été plongés séparément dans des cloches pleines d'oxygène pur, et exposés à l'air libre pendant 44 heures. Sur ces 44 heures, il y a eu 4 heures de lumière directe, 16 heures environ de lumière diffuse, et 24 heures d'obscurité. A midi et au soleil le thermomètre marquait 11 degrés à l'ombre et à une heure du soir 9 degrés, à quatre heures 5 degrés, à six heures 4 degrés, enfin à dix heures du soir 2 degrés. La température a pu baisser encore davantage pendant, la nuit, sans atteindre cependant le point de congélation. Ainsi sur ces quarante-quatre heures, il n'y a guère que les quatre heures d'exposition aux rayons directs du soleil qui aient présenté la température convenable pour la production de lumière. Arrivons maintenant aux nombres fournis par l'analyse.

Poids du fragment d'Agaric phosphorescent : 23 grammes ;
Volume de l'oxygène : 253 centimètres cubes ;
Volume de l'acide carbonique expiré : 60,76 centimètres cubes ;

1 gramme de substance a donc exhalé en quarante-quatre heures 2,64 centimètres cubes d'acide carbonique.

Poids du fragment d'Agaric non phosphorescent : 18 grammes ;
Volume de l'oxygène : 253 centimètres cubes ;
Volume de l'acide carbonique exhalé : 46,31 centimètres cubes ;

ou par gramme de substance 2,57 centimètres cubes.

En comparant ces nombres avec les précédents, on voit que le Champignon phosphorescent n'a expiré, dans ce dernier cas, qu'environ la moitié de l'acide carbonique primitif, malgré une augmentation de huit heures dans la durée de l'expérience. D'un autre côté, l'Agaric obscur a sensiblement exhalé la même quantité d'acide carbonique que l'Agaric dont la phosphorescence est empêchée par le refroidissement. L'excès 0,07 centimètres cubes d'acide carbonique, produit par l'Agaric dans sa période lumineuse, a dû être formé pendant les quelques heures dont la température a été suffisante pour I"émission de lumière. Donc quand la phosphorescence cesse, l'acide carbonique expiré est considérablement réduit ; l'oxydation par excès et l'émission de lumière sont invariablement simultanées, et la seconde reconnaît pour cause la première.

§ X. L'Agaric phosphorescent ne produit pas une élévation de température appréciable au thermomètre.

L'oxydation active dont le Champignon est le siège, pendant qu'il émet ses lueurs phosphorescentes, doit indubitablement donner naissance à un dégagement proportionnel de chaleur. Cependant c'est en vain que j'ai plongé un thermomètre ordinaire dans un tas de fragments d'Agaric en pleine phosphorescence, et un second dans un tas pareil de fragments obscurs. Je n'ai pu, par ce moyen, apprécier aucune différence de température ; des instruments plus délicats, que je n'avais pas à ma disposition, pourraient seuls constater cette différence.

N'oublions pas que la combustion qui s'opère dans l'Agaric, au moment où la phosphorescence est dans tout son éclat, n'est que de fort peu supérieure à celle dont le corps d'une Grenouille est le siège, et que chez cette dernière la température du corps est à peu près égale à celle de l'atmosphère ; et alors ce résultat, qui n'est, après tout, négatif que par suite du peu de sensibilité de l'instrument employé, n'aura rien de contradictoire avec une combustion lente.

En résumé, l'ensemble des épreuves auxquelles j'ai soumis l'Agaric de l'Olivier me paraît prouver, avec toute l'évidence désirable, que la phosphorescence de ce Champignon reconnaît uniquement pour cause une oxydation plus énergique pendant la période lumineuse qu'à toute autre époque, et qu'on doit abandonner, du moins pour cette espèce, toute idée de phosphorescence analogue à celle que la lumière, la chaleur et l'électricité peuvent développer dans les corps bruts. La combustion reconnue chez les animaux phosphorescents, et, en particulier, chez les Insectes, s'opère aux dépens d'une substance élaborée par un organe spécial, substance qu'on peut isoler, qui laisse des traînées lumineuses partout où on l'étale, et dont l'oxydation peut s'effectuer par conséquent, en dehors des influences vitales.

Dans l'Agaric la combustion phosphogénique est toute différente. Complètement subordonnée à l'exercice de la vie, elle s'éteint dès que la vie cesse ou est gravement compromise, et les forces chimiques ordinaires n'ont pas le pouvoir de la réveiller. Au lieu de ne s'alimenter qu'aux dépens d'une sécrétion particulière et locale, c'est dans la substance intime de la plante, et surtout de l'hymenium, qu'elle puise la matière oxydable. En d'autres termes, cette phosphorescence est l'effet du travail respiratoire de l'Agaric, et reconnaît la même cause que la chaleur dégagée au moment, de l'anthèse par certaines parties de la fleur des Phanérogames, principalement des Aroïdes ; peut-être même n'est-elle qu'un état particulier de cette chaleur d'origine organique. Connaît-on la ligne de démarcation de la chaleur et de la lumière ?

N'y a-t-il pas entre ces deux agents physiques des points de contact assez nombreux, assez intimes, pour faire déjà soupçonner qu'ils ne font peut-être qu'un ? L'émission de chaleur qui paraît générale, quoique le plus souvent très peu sensible, chez les végétaux, ne pourrait-elle se convertir parfois en effluves lumineux ? Ainsi s'expliqueraient les éclairs fugaces qu'on a vus jaillir du sein de quelques fleurs ; et alors si quelque chose doit nous étonner dans la phosphorescence spontanée des végétaux, c'est peut-être l'extrême rareté de ce phénomène.

Jean-Henri FABRE
Docteur ès-sciences.

source : Annales des Sciences Naturelles, 4ème série, Tome IV, Cahier n° 3


 

 

  • Sur la phosphorescence de l'agaric de l'olivier; Note de M. Fabre présentée par M. Ad. Brongniart, Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, juillet-décembre 1855, (Tome XLI) p. 1245 ;
  • Recherche sur les causes de la phosphorescence de l'agaric de l'olivier, Annales des sciences naturelles et de zoologie, 4e série, tome IV, Cahier no 3, Paris (1856)91 ; réédition Imprimerie de L. Martinet ;

La seconde publication est un rapport rédigé à la demande du marquis des Isnards, président de la Société d'Agriculture et d'Horticulture du Vaucluse, qui faisait appel à la fois à ses compétences entomologiques et à ses connaissances mycologiques.