------------------------------------------
Thoen, Daniel - Bull. trim. Soc. mycol. Fr. 98 (3) : 289-318
Usages et légendes liés aux Polypores. Note d'ethnomycologie n。 1 - II

 -----------------------------------------

     « La médecine en faisait autrefois un usage assez fréquent, aujourd'hui à peu près entièrement abandonné ; mais sans doute on y reviendra, car le plus souvent en médecine, après avoir longtemps délaissé, sans trop savoir pourquoi, l'usage de tels ou tels médicaments, un jour vient qu'elle les sort de l'oubli où elle les avait laissés. » CORDIER, F. S. 1870, Les Champignons de la France, p. 218.

Fomes fomentarius H Romagn IV pl 288

    Si l'on en croit BULLER (1915, p. 47) et AINSWORTH (1976, p. 215), la première mention historique de l'amadou date du Ve siècle avant J.-C., dans les écrits du médecin grec Hippocrates qui l'utilisait pour pratiquer des cautérisations. Un morceau d'amadou (provenant très vraisemblablement d'un carpophore de Fomes fomentarius) était enflammé et placé sur la peau, proche d'une blessure à cautériser. Cet usage a survécu jusqu'au XIXe siècle en Laponie, au Japon et au Népal (où cette pratique porte le nom de moxibustion et la mèche que l'on applique sur la peau s'appelle moxa, nom provenant du japonais mogusa, qui désigne une armoise servant également à préparer des cautères).

    Selon BULLER, l'amadouvier était connu des Romains et PLINE l'appelle Aridus fomes fungorum, tandis que l'amadou était désigné par les vocables Aridus fomes ou fungus aridus.

Fomes_fomentarius_inside_2009_G1

    L'amadou, obtenu en battant la trame du champignon à l'aide d'un maillet afin de l'assouplir, a longtemps servi comme hémostatique non caustique pour arrêter les hémorragies légères. C'est pour cette raison que l'amadou a longtemps été appelé agaric des chirurgiens. MANTOY (1956, p. 619) dit avoir connu une vieille femme qui se souvenait avoir battu l'amadou dans sa jeunesse, pour l'envoyer aux armées lors de la guerre de 1870.

    CORDIER (1870, p. 86) détaille avec assez de précision la manière dont était préparé l'amadou : « On prend les jeunes individus (de Fomes fomentarius), on les monde de leurs tubes et de leur écorce, après les avoir ramollis en les tenant dans une cave ou dans un lieu frais, s'ils sont secs. On les coupe par tranches ou lames minces, que l'on bat avec un maillet, sur une pierre ou sur un morceau de bois, afin de les distendre : on mouille ces lames de temps à autre, on les bat de nouveau et on les frotte entre les mains jusqu'à ce qu'elles aient acquis un certain degré de mollesse et de douceur ».

    Les barbiers utilisaient également l'amadou pour réparer leurs petites maladresses... et BULLER (p. 47) signale l'utilisation (ancienne !) de l'amadou par les dentistes comme absorbant pour sécher les dents.
   

Piptoporus betulinus 1394    D'après TYLER (1978, p.33), d'autres polypores auraient également servi comme hémostatique (styptique), à savoir Fomitopsis pinicola et Phellinus ignarius, et RAMSBOTTOM (1923, p. 129) signale que dans le district de South West Surrey, de fines lanières de la chair de Piptoporus betulinus, d'environ 1,5 x 1 pouce étaient utilisées comme styptique. Des lanières du même champignon, perforées d'un trou d'environ un demi-pouce, servaient comme coussinet pour les corps au pied (corn pads). Remarquons que l'on a isolé une substance antibiotique du P. betulinus, l'acide bétulinique (MOREAU, 1978, p. 255). D'après SWANTON (in RAMSBOTTOM, p. 129), le charbon de bois préparé avec P. betulinus était apprécié comme antiseptique et désinfectant dans les villages du South West Surrey. Il était obtenu en remplissant un coffret de fer avec des morceaux de champignon ; le coffret était alors placé sur un feu doux jusqu'au moment où il ne sortait plus aucune fumée du coffret.

 

Fomitopsis-officinalis_Khanty-Mansiysk-AO_Zvyagina_2010   Le polypore officinal ou polypore du mélèze a également connu ses lettres de noblesse dans diverses contrées. D'après DONK (1974), ce polypore doit s'appeler Agaricum officinale mais il est connu sous bien d'autres noms qui sont des synonymes tels que Polyporus officinalis, Fomes laricis, F. officinalis, Boletus purgans, Fomitopsis officinalis, Laricifomes officinalis... C'est encore l'Agaric femelle ou l'Agarikon de DIOSCORIDE, l 'Agaricum de PLINE, nom qui d'après HARDUIN aurait persisté dans les montagnes du Dauphiné (BULLER, op. cit.).

    A l'instigation des Arabes, les médecins considérèrent longtemps l'Agaric officinal uniquement comme un cholagogue et un phlegmagogue propre à chasser les humeurs peccantes et surabondantes, à combattre, suivant l'expression de Thibault LESPLEIGNEY, « pluralité de maladie congrégée en l'humaine peau ». Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que furent reconnues ses propriétés antisudorales (LECLERC, 1966, p. 93).

    Le bolet du mélèze (Agaricum officinale) est mentionné à plusieurs reprises dans le Vienna Codex, manuscrit médical de l'an 512.

    DIOSCORIDE dans De medica recommandait l' Agarikon pour traiter les fractures, la dysenterie, l'épilepsie, comme antidote des poisons, pour soulager des morsures de serpents, etc. (NICOT, 1971). Selon HARTWELL (op. cit.), le polypore officinal est mentionné dans divers Antidotarium du IXe et Xe siècle comme remède contre divers cancers. GALIEN en fait mention. On le retrouve dans la Farmacopea bergamosca qui date de 1580. L'agaric officinal entrait dans la composition de diverses antiques formules telles la teinture d'aloès composé ou Élixir de longue vie qui comporte 2,5 g par litre de poudre d'agaric et qui est un purgatif efficace. Ses vertus laxatives furent évoquées par le mycologue anglais PERSOON en 1801, qui le nomma Boletus purgans.

    D'après CORDIER (op. cit.), les paysans suisses s'en servaient pour purger les vaches et les habitants du Piémont prenaient un petit morceau de ce polypore, avec addition d'un peu de poivre, quand ils avaient avalé quelque sangsue dont les eaux de leur pays abondent. Les habitants de Balen (Belgique) l'employaient réduit en poudre pour guérir les pustules et les furoncles de leur bétail.

    L'agaric officinal a figuré dans bon nombre de Codex pharmaceutiques jusque vers les années 1950.

    L'agaric officinal était surtout récolté dans les forêts de mélèze de Russie, puis exporté vers Hambourg (EMMONS, 1961) d'où il était distribué en Europe et aux États-Unis. Ses propriétés anti-sudorales ont été mises à profit au XVIIIe siècle pour lutter contre les sueurs nocturnes des phtisiques et tout récemment dans la préparation d'un désodorisant réputé naturel.

   

ainou_web ? (faciès trop mongoloïdes)    Les carpophores pelés et séchés sont encore employés par les Aïnous de Hokkaïdô comme antihydrotique pour soigner les douleurs d'estomac (MITSUHASHI, 1976).

    L'agaric officinal se développe principalement sur les troncs de mélèze, mais il est connu également sur Pinus, Abies, Cedrus. On le rencontre dans les forêts alpines, les montagnes de l'Europe méridionales et du Proche-Orient, les forêts sibériennes, et vraisemblablement aussi au Japon et en Amérique du Nord. Selon RYVARDEN (1976), l'espèce n'existerait pas en Fennoscandie. Du temps de DIOSCORIDE, l'agaric officinal croissait en Sarmatie, une ancienne région de Russie (BULLER, op. cit.).

    L'agaric officinal semble rare dans ses stations et MARCHAND (1975, p. 262) raconte qu'il y a un demi-siècle, les carpophores se montraient de si bonne vente dans les officines, que les montagnards tenaient secrètes les stations et que les arbres porteurs étaient très surveillés !

    Aujourd'hui, l'usage des polypores est tombé en désuétude presque partout ; tout au plus HEIM (1969) signale encore son utilisation en Russie septentrionale et YOKOHAMA (1975) son usage médicinal par les Aïnous qui le nomment Skiu-karush (champignon amer) ou Kiu-kurush, de kiu, le mélèze des Kouriles (Larix dahulica var. japonica), c'est-à-dire le champignon du mélèze. BRAUN (1968) le signale cependant encore dans un ouvrage destiné aux médecins et pharmaciens. Tandis que VOORHOEVE (1965) fait état de l'utilisation de Boletus laricis ( = Agaricum officinale) dans son traité pratique d'homéopathie.

Heterobasidium annosum 21

   Heterobasidion annosum était employé par les paysans suédois contre les morsures de serpents (CORDIER, p. 225). Ils exposaient à la fumée du champignon le membre blessé. Au dire de FRIES, la guérison ne se faisait pas attendre ! Polyporus serpentarius Pers., un synonyme ancien d'H. annosum rappelle les vertus de ce polypore. H. annosum a également été utilisé en médecine populaire contre le cancer en Karélie du Sud, Russie et Suède (HARTWELL, 1971, p. 419).

 

Inonotus_obliquus   Inonotus obliquus est un polypore parasite obligatoire des feuillus, surtout du bouleau et du hêtre, à distribution circum-boréale et alpine. Connu en Russie sous le nom de chaga ou tchaga, il est utilisé en médecine populaire comme remède contre certains cancers et d'autres maladies depuis le XVIe et le XVIIe siècles (REID, 1976). Ce polypore comporte un stade hyménial parfait (forme porée) et un stade imparfait (voir REID, 1976 ; ROY, 1977 et CERNY, 1979 pour la description des deux stades).

soljenitsyne03

    Seule la forme du bouleau qui présente toujours des excroissances stériles serait utilisée pour ses vertus antitumorales (ROY, op. cit.). C'est à ce champignon que SOLJENITSYNE fait allusion dans Le Pavillon des cancéreux : « on trouve sur les vieux bouleaux des sortes de verrues ; ce sont d'horribles excroissances, on dirait des sortes d'échines, c'est noir par-dessous et marron à l'intérieur... ».

    MASLENNIKOV (cité par ROY) aurait observé que les paysans du nord de la Russie, pour faire des économies, préparaient un thé avec le tchaga et qu'aucun d'eux n'est atteint par le cancer. On trouvera des renseignements complémentaires sur les utilisations du tchaga en Union Soviétique dans la note de DUNN (1973). Depuis 1955, un extrait aqueux du tchaga est entré officiellement dans la pharmacopée soviétique sous le nom de Befunginum. La substance active est un composé polyphénolique à action oxydoréductrice.

    Laetiporus sulfureus est un polypore connu depuis le Moyen Âge et décrit notamment par le botaniste CLUSIUS en 1601. HEIM pense que c'est à ce polypore que SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN (XIIe siècle) fait allusion, qui le mentionne sur les poiriers et l'affecte au traitement des mycoses provoquées par les teignes ou les favus (une maladie de la peau provoquée par une Moniliale du genre Achorion).

    Dans le West Sussex (Grande Bretagne) Phellinus pomaceus était utilisé autrefois en cataplasme sur le visage enflé. Le champignon était passé au travers d'une râpe à muscade et chauffé au four avant application (RAMSBOTTOM, 1923, p. 130).

    Polyporus squamosus, ainsi que Laetiporus sulphureus auraient un pouvoir anti-diarrhéique (BIRKFELD, 1954, in TYLER, 1977, p. 32).

Echinodontium_tinctorium_(Ellis_&_Everh    En Amérique du Nord, la poudre rouge obtenue par le broyage d'Echinodontium tinctorium (Indian paint fungus) était utilisée par les indiens d'Alaska comme médicament, probablement en raison de la présence de quelque alcaloïde ou de la teneur importante en tannins. On a isolé de ce champignon un acétate de triterpène appelé echinodol. Les propriétés biologiques de cette substance ne sont pas encore connues. E. tinctorium est assez commun sur les Abies et les Tsuga du Nord-ouest américain où il provoque une pourriture sèche.

    Fomitopsis pinicola aurait été utilisé comme hémostatique tout comme Fomes fomentarius et Phellinus ignarius (TYLER, 1977, p. 33).

    Les indiens Blackfoot utilisent une petite quantité d'un polypore indéterminé appelé Apo-pik-a-tiss (littéralement « qui rend les cheveux gris ») comme purgatif. Une trop forte dose a la réputation de rendre les cheveux gris ! Un autre polypore qui croît sur Salix était chiqué par les Blackfoot pour soulager les maux de gorge (JOHNSTON, 1970).

    Chez les indiens Bella Coola, un polypore (Fomes officinalis ou Fomes pinicola) appelé Kanani ou Kani était broyé au pilon, infusé dans l'eau et la décoction bue dans les cas de gonorrhée (TURNE, 1973). Les indiens et notamment les Cree utilisaient le sclérote de Polyporus tuberaster (tuckahoe ; « médecin de la terre ») en cataplasme contre les rhumatismes (JOHNSTON, 1970 ; BRODIE, 1978). Polyporrus versicolor avait un usage médicinal chez les indiens Salish de la Côte du Pacifique (TURNER et BELL, 1971).

     En Amérique du Sud, le Pycnoporus coccineus est utilisé par les indiens du Brésil pour traiter les hémorragies et les troubles utérins (LEVI-STRAUSS, 1946, p. 485). Dans l'est du Chaco argentin, les Indiens Tobas utilisent le Pycnoporus sanguineus sec, réduit en poudre et mélangé avec du corcho (bouchon) comme hémostatique (CROVETTO, 1964, p. 322). Nous voyons dans ces deux cas des applications de la théorie des signatures, la couleur rouge de ces polypores étant associée à la couleur du sang. Selon MARTENS (in FIDALGO, 1965, p. 3), les indiens du Brésil attribuent aux plantes de couleur rouge une relation avec le sang, expliquant l'utilisation du Pycnoporus sanguineus contre l'hémoptysie.

Tramète cocciné, Polypore couleur de feu (ヒイロタケ - Ki-no-ko Fungi

Basidiomycota / Homobasidiomycetes / Polyporales / Coriolaceae Pycnoporus sanguineus ss. auct. jap. plur. ; Polyporus coccineus Fr. 1851 ; Fomes coccineus (Fr.) Cooke 1885 ; Scindalma coccineum (Fr.) Kuntze 1898 ; Polystictus coccineus (Fr.)

Phellinus ignarius 640px-Pilze_d

Phellinus ignarius était utilisé au Chili sous le nom de yesca en compresse contre les tumeurs (MURILLO, 1861, in HARTWELL, 1971).

    En Afrique, les Akèlès de Basse Gnoumée (Gabon) emploient le Pycnoporus sanguineus en infusion contre les vers intestinaux ; ils le nomment Baolé-Ba-Mbadé, ce qui signifie « oreille de chat-tigre » (WALKER, 1931, p. 247).

    Au Bas-Dahomey des polypores sont utilisés par les femmes pour guérir certains troubles de la ménopause et soigner d'autres maladies du ventre. Le polypore séché ou fumé est réduit en poudre et mélangé, soit à du poivre, soit à de l'oignon. Il est ensuite absorbé par la malade, délayé dans du lait de maïs ou infusé dans de l'eau (ALIBERT, 1944, p. 11).

Phellinus rimosus   En Zambie, le Fomes rimosus est récolté par les Lamba sur Burkea africana Hook. Les cendres du champignon, mélangées avec du sel, sont employées contre le refroidissement et la toux. La cendre seule est souvent éparpillée sur une blessure pour en hâter la cicatrisation (WATT et al., 1962).

    Au Shaba (Zaïre), Pycnoporus sanguineus, appelé busepa mwekunda (« Champignon rouge ») en kikenba et en kilamba, est calciné sur une tôle fortement chauffée. Les cendres pilées et mélangées à de l'huile de palme forment une lotion qui est appliquée sur les crânes des nouveaux-nés. Elle aurait pour effet de hâter la fermeture de la fontanelle. Le même champignon est encore utilisé au Shaba pour combattre les teignes (THOEN et al., 1962).

    Chez les Lissongos de République Centrafricaine, le sclérote, le stipe et le chapeau de Leucoporus sacer servent en cas de maux intestinaux. C'est le tongolô, nom qui désigne aussi le bâton sur lequel s'appuient les vieillards pour marcher, comparaison suggérée par la longueur et la régularité du stipe de Leucoporus sacer (HEIM, 1963, p. 79).

    Au Sénégal, en Casamance, les Diola traitent certaines maladies mentales appelées kalobor ou encore kagano de la manière suivante. Ils donnent au malade en boissons et bains, deux fois par jour, un décocté de racines d'Acacia albida et d'écorces d'Afzelia africana. Ce traitement est complété à chaque séance par des fumigations de karakat (un champignon à amadou du genre Polyporus récolté au pied d'un Parkia ou d'un Parinari) dont la combustion lente dégage une fumée épaisse (KERHARO et ADAM, 1974, p. 559). Cette pratique est à mettre en parallèle avec celle en usage chez les Indiens d'Amérique du Nord qui utilisent la fumée due à la combustion lente de champignons séchés pour chasser les mauvais esprits.

    En Asie, au Népal, le Fomes fomentarius a été utilisé jusqu'au XIXe siècle dans la confection de moxas (AINSWORTH, 1976, p. 215).

    D'après UPHOF (1968), Ganoderma amboinense est bien connu sur le marché des drogues d'Indonésie, bien que l'on ne connaisse pas grand chose sur ses propriétés : il en serait de même de G. cochleara.

 

KMC Takayama 1984 10    Ganoderma applanatum [Kofuki-saru-no-koshikaké コフキサルノコシカケ] a été utilisé au Japon dans la confection d'un breuvage contre le cancer et les tumeurs (HARTWELL, op. cit., p. 419). Inonotus obliquus, dont il a déjà été question plus haut, était utilisé en Sibérie contre le cancer de même que Phellinus nigricans qui était réduit en poudre et bouilli (HARTWELL, op. cit.).

    Laetiporus sulphureus a un usage médical chez les Aïnous de Hokkaïdô (Japon) qui le nomment Nikanbé (YOKOYAMA, 1975).

    Leucoporus sacer, connu en Extrême-Orient sous le nom de How-Gui-Kov, entre dans la préparation d'un médicament réputé efficace contre l'asthme en Chine, au Siam et en Thaïlande. En Malaisie, le même champignon est utilisé dans le traitement de la consomption [Amaigrissement et dépérissement progressifs dans certaines maladies, en particulier la tuberculose] et des refroidissements (HEIM, 1959).

    Le sclérote de Mylitta lapidescens est en usage en Chine dans le traitement de l'épilépsie, la chorée et d'autres troubles nerveux des enfants, ainsi que pour détruire les parasites de la peau (UPHOP, 1968).  Selon WONG (1976, p. 208), c'est comme teignifuge que les Chinois utilisent Mylitta lapidescens : il s'agit des fameuses leiwan (« pillules du tonnerre »), prises trois fois par jour (15 à 20 g par prise). Cette drogue porte le nom savant de Sclerotium omphaliae, Omphalia lapidescens Schroeter (Polyporaceae) ».

    Pachyma hoelen (*) [Wolfiporia extensa (Peck) Ginns, ( = Poria cocos)], est un champignon de la famille des Polyporaceae. Ses carpophores poussent sur le bois mort enterré. Il est remarquable par son sclérote souterrain de grande taille et pérenne qui ressemble à une petite noix de coco], le bukuryô, est en Chine et au Japon un médicament dont on fait un thé pour rétablir les forces. Il est employé également contre la phtysie (CORDIER, op. cit. p. 230). Il entre, mélangé avec du riz, dans la composition d'une drogue dite évacuante,  utilisée pour traiter les diarrhées (WONG, op. cit. p. 74). D'après UPHOP (1968), Pachyma hoelen serait un champignon non identifié employé comme drogues dans diverses régions de l'Asie, contre les crampes d'estomac, la fièvre et d'autres malaises. Il serait connu en Chine sous le nom de hoelen ou foe-lin d'où il est exporté sous le vocable de racine chinoise. Tahi oeler sawah est le nom commercial du champignon pressé, tandis que coupé en fines lanières, il est appelé Sari tombong (UPHOP, op. cit.). On en a extrait un composé triterpénoïde, l'acide pachymique.

*Pachyma hoelen Fr., Systema Mycologicum 2: 243 (1822)

Kenzi Takeda (1934) Chemical Studies on “Bukuryo”, Sclerotia of Pachyma Hoelen Rumph. (VII), Bulletin of the Agricultural Chemical Society of Japan, 10:10-12, 160-162, DOI: 10.1080/03758397.1934.10857098

     Poria cocos est une drogue d'immortalité très connue et tenue en haute estime dans la materia medica chinoise. La variété la plus recherchée croît dans la province de Yun-nan. Elle porte le nom de ngan-ling (« l'esprit qui calme »). Elle est surtout diurétique et utilisée en cas d'oedème,  également comme antitussif et tranquilisant. Poria cocos entre encore dans la composition d'une drogue nourricière du sang, ainsi que dans la composition de la pilule du dragon, Long-wan, utilisée pour lutter contre les convulsions des enfants (WONG, op. cit., p. 226, 234, 235). Des études pharmacologiques poursuivies en Chine populaire ont confirmé son activité diurétique et établi son effet antidiabétique (LI, 1974, in TYLER, 1977 ; voir aussi WONG, op. cit., p. 88 ; HSU KUO-CHUIN et al., 1974). C'est le Fou-ling ou Fou-lin des Taoïstes et des droguiers chinois, le Phuc-linh des Annamites, le Bukuryô des Japonais (HEIM, 1963 ; WONG, op. cit.).

    Selon HEIM (1963), le bukuryô (*) ou sclérote du Poria cocos, fut introduit à la Cour impériale du Japon pour ses vertus thérapeutiques dès le début du Xe siècle après J.-C., en même temps que les chapeaux de kuwa-také (Phellinus yucatanensis). Le tchôrei figure en tant que médicament dans le Honzô-wamyô, traité de botanique japonaise de l'an 918 (HEIM, op. cit.) : il s'agit de Porus umbellatus, espèce qui figure toujours dans la pharmacopée traditionnelle chinoise (HSU KUO-CHUIN et al., op. cit.).
* NB. Les mêmes noms indigènes (bukuryô, fou-lin) sont attribués tantôt à Pachyma hoelen, tantôt à Poria cocos. En fait Pachyma hoelen ne désignerait que le sclérote de Poria cocos.

    Selon NICHT (1971), Agaricum officinale serait en usage au Japon. A Java, Pycnoporus sanguineus sert de remède contre l'hémoptysie, encore un cas d'application de la théorie des signatures, si fréquente chez les phanérogames.

    En Océanie, le Fomes auberianus (Syn. Fomes microporus, Ungulina auberiana) serait une espèce toxique utilisée par les tribus du Mont Hagen en Nouvelle Guinée comme intoxiquant. L'ingestion du champignon cause des accès de fureur. Il est consommé avant d'aller tuer un ennemi, en période de colère, d'excitation et de chagrin. Il sert également à prévenir la conception et comme abortif (UPHOP, 1968).

Ganoderma lucidum sensu lato auct jpn Ganoderma lucidum figure également dans la pharmacopée chinoise où il est réputé traiter la neurasthénie, les vertiges, l'insomnie et les intoxications. Il serait en fait une plante stomachique (Wong, 1976). Des textes anciens le mentionnent dans la préparation de philtres d'amour.

    Le Polyporus anthelminticus (*) croît sur les racines des vieux bambous. En Inde, à Burmah, il est employé comme vermifuge et figure dans la pharmacopée indoue comme Iban-mo (worm mushroom) et wa-mo (bambou mushroom) (VAN WIJK, T. I., 1911).

* nom actuel: Amylosporus campbellii (Berk.) Ryvarden, Norwegian Journal of Botany 24: 217 (1977)

 Le polypore (Polyporus driadeus Pers. et P. tinctorius Quel.), champignon parasite du tronc du « bétoum », préparé en soupe, a la propriété de soigner la jaunisse (GATTEFOSSÉ, 1921).


 Bibliographie :

ADRIAENS , E. L. (1953). — Note sur la composition chimique de quelgues aliments mineurs indigènes du Kwango. (Chemical composition of some less important native foods of the Kwango.) Ann. soc. belge méd. trop. 33 : 531–544.

AINSWORTH, C. (1976). Introduction to the history of mycology. Cam­bridge University Press.

AMBERT, H. (1944). — Note sur les champignons poussant dans le bas Dhomey et sur deux Agaricinées estimées des indigènes de cette même région. Notes Africaines (Dakar), 22, 11-12.

AZÉMA, R.-C. (1979). — Un champignon qui fait beaucoup parler de lui : Inonotus obliquas (Pers. ex Fr.) Pilat. Documents mycologiques, 10, 29.

BASTIN, J. (1939). — Les plantes dans le parler, l'histoire et les usages de la Wallonie malmédienne. Nos Dialectes, 8, 228-230.

BECKER, G. (1977). — Les champignons. Gründ. Paris.

BEELI, M. et DE KEYSER, M. L. (1922)  — Les champignons de Belgique. Les Naturalistes Belges, Bruxelles.

BRAUN, H. (1968). — Hellpflanzen Lexicon für Artze und Apotheker. G. Fisher.

BULLER, A. H. R. (1915). — The fungus lore of the Greeks and Romans. Trans. Brit. myc. Soc., 5, 21-66.

CERNY, A. (1979). — Inonotus obliquas (Pers. ex Fr.) Pilat. Documents mycologiques, 10, 30-34.

CHEVALIER, A. (1934). – Les rapports des noirs dans la nature - Sur l'utilisation par les indigènes au Gabon d'une fougère pour piégeage d'un champignon: pour la fabrication des ceintures de parure. Journ. Soc. Africaniste, 4, 123-127.

 CHEVALIER, A. (1935). – Identification du champignon employé en Afrique équatoriale pour la confection de ceintures de parure. Soc. Africaniste, 5, 247-249.

CHINN, M. (1945). – Note pour l’étude de l’alimentation indigène de la province de Coquilhatville. Ann. Soc. Belg. Méd. Trop., 25, 57-149.

CORDIER, S. F. (1870). – Les champignons de France, histoire, description, usages des espèces comestibles, suspectes, vénéneuses et employées dans les arts, l'industrie, l'économie domestique et la médecine. Rottschild. Paris.

CROVETTO, R. M. (1964). – Estudios ethnobotanicos I - Nombres de plantes y su utilidad segun los indios Tobas des este del Chaco. Bonplandia, 1, 279-333.

DAUZAT, A. et al. (s.d.). – Dictionnaire de poche de la langue française. Larousse étymologique. 4e éd., Larousse. Paris.

DELOGNE, C.-H. (1891).  – Note sur le Polyporus incendiarius Bong. Bull. Soc. r. Bot. Belg., 29, 139-140.

DENSMORE, F. (1974). – How Indians use wild plants for food, medecine, and crafts. Dover Publ. New-York.

DOMANSKI, S. et al. (1973). – Fungi. Warsaw.

DONK, M. A. (1974). – Check list of European Polypores. Amsterdam - London.

DUNN, E. (1913). – Russian use of Amanita muscaria : A footnote to Wasson's Soma. Current Anthropology, 14, 488-492.

EMMONS, C. W. (1961). – Mycology and medicine, Mycologia, 53, 1-10.

FIDALGO, O. (1965). – Conhecimento micologico dos indios brasileiros. Rickia, 2, 1-10:

FIDALGO, O. et PRANCE, G. T. (1976). – The ethnomycology of the Sanama Indians. Mycologia, 68, 201-210.

GUZMAN, G. et al. (1975). – Una Iglesia dedicata al culto dé un hongo, « Nuestro Senor del Honguito » en Chignahuapan,. Puebla. Bol. Soc. Mex. Mic., 9, 137-147.

HARTWELL, J. L. (1971). – Plants used against cancer - A survey. Lloydia, 34, 415-424 (partim fungi).

HEIM, R. (1941). – Histoire du Polyporus Rhizomorpha Montagne. Bull. Soc. Myc. Fr.,57, 16 p.

HEIM, R. (1959). – Le champignon de la Tigresse. Rev. Mycol., 24, 275-276.

HEIM, R. (1963). – La nomenclature mycologique des Lissongos. Cahiers de la Maboké, 2, 77-85.

HEIM, R. (1963). – Signes imprévus de civilisation : les champignons des Lisongos. Sciences, 26, 17-37.

HEIM, R. (1964). -- Note succincte sur les champignons alimentaires des Gadsup, Nouvelle-Guinée. Cahiers du Pacifique, 6,121-132.

HEIM, R. (1969). – Charnpignons d'Europe. Boubée. Paris.

HEIM, R. et PELTIER, J.-L. (1963). – La mycologie au Japon. Revue historique. Rev. Mycol. 28, 68-81.

HSU KUO-CHUIN et al. (1974). –The study of microscopical identification of powered Chinese drugs, IV. Acta Bot. Sinica, 16,349-353.

IMAZEKI, R. (1973).  – Japanese mushroom names. Trans. Asiatic Soc. Japan, 3d ser. 11, 26-80

INTINI, M. (1978). – Echinodontium tinctorium. Ell. et Ev. un singolare fungo del Nord-Ovest degli Stati Uni. Micol Ital., 2, 27-31.

JACCOTTET, J. (1968). – Les champignons dans la nature. Delachaux et Niestlé. Neuchâtel.

JAHN, H. (1971). – Mitteleuropaïsche Porlinge (Polyporaceae s. lato) und ihr Vorkommen in Westfalen. Biblioteca Mycologica, 29. Cramer. New-York.

JOHNSTON, A. (1970). – Blackfoot Indian utilisation of the flora of the Northwestern Great Plaints. Econ. Bot., 24, 301-324.

KERHARO, J. et ADAM, J.-G. (1974). – La pharmacopée sénégalaise traditionnelle. Vigot Frères,. Paris.

KIBBY, G. (1977). –The love of mushrooms and toadstools.Octopus. London.

LAZZARI, G. (1973). – Storia della micologia italiana. Arti -Grafiche Saturnia, Trento. 

LECLERC, H. (1966). – Précis de phytothérapie. Masson. Paris.

LÉVI-STRAUSS, C. (1952). – The use of wild plants in tropical South America. Econ. Bot.,. 6, 252-270.

LÉVI-STRAUSS, C. (1970). – Les champignons dans la culture : A propos d'un livre de M. R.-G. Wasson. L'Homme, 10, 6-15.

LINCOFF, G. et MITCHEL, D. H. (1977). – Toxic .andhallucinogenic mushroom poisoning. Van Nostrand Reinhold Comp. New-York...

MANTOY, B. (1957). – L'armoire à pharmacie du mycologue. Naturalia, 43, 7-13.

MARCHAND, A.. (1975). - Champignons du Nord et du Midi, T. 3, Bolétales et Aphyllophorales. Perpignan. France.

MARS H, R. W. (1973). -.Mycological millinery. Bull. Brit. Myc..Soc., 7, 34.

MITSUHASHI, Hiroshi. (1976). – Medicinal plants of the Ainu. Econ. Bot, 30, 209-217.

MONTHOUX, O. et LUNDSTROM-BAUDAIS, K (1979). – Polyporacées des sites néolithiques de Clairvaux et Charavines (France). Candollea, 34, 153-166.

MOREAU, C. (1978). -- Larousse des champignons. Larousse. Paris.

MULLER, G. et al. (1978). – Beobachtungen zur Identität von Polyporus tuberaster. (Pers.) per Fr. und Polyporus lentus Berk. Feddes Repert., , 61-73.

NICOT, J. (1971). – Les champignons dans la pharmacopée : l'Agaric officinal. Science et Nature, 107, 3-6.

NILSSON, S. et PERSSON, O. (1978). – Fungi. of Northern Europe I. Penguin Books.

NOBLE, Mary,  (1973). – Fomes fomentarius in the Highlands of Scotland. Bull. Brit. Mycol. Soc., 7, 35.

PERROT, E. (1943-1944). – Matières premières usuelles du règne végétal. Masson. Paris.

PLAISANCE, G. (1977). – Notes sur les pins en général. Philologie, Symbolisme - Mythologie - Folklore. La Forêt Privée, 115, 55-57.

PRANCE, G. T. (1972). – An ethnobotanical comparison of four tribes of Amazonian Indians. Acta Amazonica, 2, 7-27.

PRANCE, G. T. (1973).. – The mvcological diet of the Yanoman Indians. Mycologia, 65, 248-250.

RAMSBOTTOM, J. (1923). – A handbook of the larger British fungi. British Museum. London.

RAMSBOTTOM, J. (1969). – Mushrooms and toadstools. Collins. London.

REID, D. A. (1976). – Inonotus obliquus (Pers. ex Fr.) Pilat in Britain. Trans. Brit. Myc. Soc., 67, 329-332.

ROLFE, R. T. et F.W. (1925). – The romance of the fungus world. Chapman and Hall. (Johnson reprint New-York);

ROLLAND, E. (1914). – Flore populaire de la France ou Histoire naturelle des plantes dans leurs rapports avec la linguistique et le folklore. Paris.

ROMAGNESI, H. (1962). – Petit atlas des champignons. Bordas. Paris.

ROY, A. (1977). – Un curieux champignon aux propriétés surprenantes : Inonotus obliquus (Pers. ex Fr.) Pilat. Documents Mycologiques, 7,23-24.

RYVARDEN, L. (1978). – The Polypoaceae of North Europe II. Fungi-flora. Oslo.

STEINECK, H. (1975). – Pilze im Garten. Ulmer. Stuttgart.

THOEN, D. et al. (1973). – L'usage des champignons dans le Haut Shaba -République du Zaïre. Bull. trim. du CEPSE « Problèmes Sociaux Zaïrois », 100-101, 69-85.

TURNER, N. C. (1973). – Ethnobotany of Bella Coola Indians. Syesis, 6, 103-220.

TURNER, N. C. et BELL M. A. M. (1971). – The ethnobotany of the coast Salish Indians of Vancouver Island. Econ. Bot., 25, 63-99.

TURNER, N. C. et BELL, M. A. M. (1973). – The ethnobotany of the Southern Kwakjutl Indians of British Columbia. – Econ. Bot., 257-310.

TYLER, V. E. (1977). – Folk uses of mushrooms - Medicoreligious aspects. In : Mushroom and Man, p. 29-46. Linn-Benton Comunity College.

UPHOF, J. C. T. (1968). – Dictionary of economic plants. Cramer.

USHER, G. (1974). – A dictionary of plants used by man. Hafner Press. New-York.

VAN WIJK, H. L. G. (1911). – A Dictionary of Plant Names. Martinus Nijhoff. The Hague. 2 vol.

VOORHOEVE, J. (1965). – Homeopathie in der Praktijk. La Rivière et Voorhoeve.

WALKER, A. (1931). – Champignons comestibles de la Basse-Ngoumié (Gabon). Rev. Bot. Appl. et Agron. Trop., 11, 240-247.

WATLING, R. (1977). – Larger fungi from european archaeological sites. Abstracts, 2nd International Mycological Congress (Tampa). Vol. 2, 716.

WASSON, R. G. (1968). – Soma : Divine mushroom of immortality. Har­court Brace Jovanovich. New-York.

WASSON, V. P. et R. G. (1957). – Mushrooms, Russia and History. Pantheon Books. New-York.

WATT, J. M. et BREYER-BRANDWIJK, M. G. (1962). – Medicinal and poiso­nous plants of Southern and Eastern Africa. Livingstone Ltd. 2nd. ed.

WEBER, C. (1964). – The popularity of edible mushrooms in Geneva. Econ. Bot., 18, 254-255.

WEBER, F. C. (1958). – Pilze als Heilmittel. Bull. Suisse de Mycol., 90-93. North American Indians. Earth medicine-Earth foods, Macmillan Company. New-York.

WONG, M. (1976). – La médecine chinoise par les plantes. Tchou. Paris.

YOKOYAMA, K. (1975). Ainu names and uses for fungi, lichens and mosses . Trans. Mycol. Soc. Jap.16, 183-189.

ZAHL, P. A. (1965). Bizarre world of the fungi. Nat. Geogr. Magaz., 128, 502-527.

 

 In this volume, first published in 1976, Dr Ainsworth gives a straightforward account of the main views held about fungi for the past three millennia and the development of the study of fungi as a branch of science for the last 250 years. The existing literature is widely scattered and much of it suffers from difficulty of access. In this volume there is documented an outline of the development of the main areas of mycology, with emphasis on the solution of the major problems that have confronted students of fungi and novel discoveries which have given new insights. A number of important themes form the basis of the account, each one being traced from early times to the twentieth century. The themes are arranged in the chronology of their appearance in mycological studies. Most chapters are thus self-contained. Whilst an elementary knowledge of mycology is assumed, technicalities have been kept to a minimum so that not only mycologists but other biologists and historians of science can understand the history of the development of knowledge of an important group of organisms.