II. Noms recouvrant des groupes d'espèces

 

IHx 1 pl 45 Hongo

1.  Hatsou-daké  [hatsu-take] 初茸 ハツダケ
      Avec le sens littéral de « Champignons précoces (primeurs) », ce nom a d'abord été appliqué au Lactarius hatsu-dake (dont il est aujourd'hui le nom national officiel), espèce proche du L. sanguifluus Fr.  d' Europe, mais le terme est également couramment employé dans un sens collectif pour tous les champignons appartenant au genre Lactarius, et même au genre Russula. On trouve l'épithète hatsou dans des noms composés comme « hatsou rouge », pour Lactarius aka-hatsu, espèce affine au L. deliciosus ; « hatsou âcre », pour le lactaire à toison, L. torminosus ; « hatsou vert », pour le Palomet, Russula virescens, et « hatsou noir » pour R. nigricans.

2.  Hôki-také  箒茸 ホウキタケ
       Signifiant « Champignons balais », c'est le nom retenu pour Ramaria botrytis (la Clavaire chou-fleur), mais désigne aussi l'ensemble des Clavaires ramifiées. Les espèces sont distinguées en ajoutant à Hôki-také un adjectif comme « violet »,  « jaune » « doré » ou « fleuri ».

3.  Igoutchi ou Ikoutchi  [iguchi, ikuchi] 猪口 イグチ/イクチ
       Signifiant « Gueule de sanglier », il désigne les Bolets au sens large. Les Romains de l'antiquité nommaient ces champignons Suillus, « porcelets ».
Il est tout-à-fait étonnant que la famille des porcidés ait pu inspirer les nomenclateurs des bolets dans des pays situés dans des parties opposées du globe! L'origine du nom Igoutchi n'est pas claire, mais le Daïgenkaï suggère qu'il aurait d'abord concerné des bolets à chapeaux bruns et à marge infléchie (en forme de babine) de façon à ressembler à la bordure irrégulière d'une gueule de sanglier. Une autre hypothèse peut être invoquée à partir d' une autre lecture de la même paire de caractères chinois, complètement différente tant par le son que le sens: tchokou ou tchoko, petite coupe à saké en porcelaine. Il est impossible de savoir pourquoi ces caractères ont été choisis parmi tant d'autres équivalents possibles. L'imagination populaire japonaise faisait-elle un lien entre la gueule d'un sanglier et la soif d'alcool ?
[NDT. les souilles (porcins et marcassins) ont le groin muqueux qu'évoquent souvent les bolets.] 


      Igoutchi est l'un des termes vernaculaires choisis par les mycologues pour désigner cette catégorie de champignons. Les autres, que l'on entend moins fréquemment, sont ami-také « champignons en filet », et awa-také, « champignons millet ». Ces deux termes voient souvent leur usage populaire limité à Boletus bovinus et B. tomentosus ou B. granulatus respectivement.

4.  Djikôbô [jikôbô] 時候坊 ジコウボウ
       Dans le département de Nagano, les bolets sont généralement appelés « Djikôbô ». Les kanjis avec lesquels le mot a été transcrit dans le Shinyô Kinpu de Tchikan Itchioka ( Atlas illustré des champignons de la région de Shinyô [ partie de Nagano]), datant de 1799, signifient « Gamin (ou garçonnet) de saison », sans que l'on sache les raisons de cette appellation. [ N.D.T. hormis la ressemblance des bolets ( boules " à zéro " ) avec les têtes traditionnellement rasées comme celle des bonzes () des garçons dans l'archipel.]


5.  Nédzoumi-také  [nezumi-take] 鼠茸、ネズミタケ、 鼠の足
        Signifiant « Champignon rat (ou souris) », ce terme est l'autre nom pour les clavaires branchues, encore plus fréquent que le hôki-také, donné plus haut. Dans certains lieux, la langue populaire l'a transformé en Nezumi no ashi, « Patte de rat », ce qui suggère que l'imagination collective a établi une ressemblance de ces champignons avec les extrémités finement découpées et délicatement articulées de ces petits rongeurs.


6.  Sarou no koshikaké  [saru no koshikake] 猿腰掛、サルノコシカケ、オカマノコシカケ
        C'est le nom japonais commun, signifiant « Siège (escabelle) de Singe », pour les Polypores pérennes et autres espèces étagées sur les branches et les troncs d'arbres, en forme de console, de sabot, etc.. On lui connaît des variantes régionales, comme gama no koshikaké, « Siège (escabelle) de crapaud », usité dans certaines localités du département de Tchiba, ou encore okama no koshikaké, dans la région de Sagamihara, dépt. de Kanagawa. Cette analogie, identique à l'anglais « toadstool »,  (tabouret de crapaud) pour les agaricales, semble purement fortuite, les deux pays n'ayant aucun contact à cette époque! On trouve aussi karasu no koshikaké, « siège de corbeau ».

D'après le Prof. S. Nakahira (1964), okama serait l'abréviation d'okamagaeru, « crapaud » (de même que gama est l'abréviation de gamagaéru). Par homophonie avec la cuisinière à bois traditionnelle (qui se dit kamado ou kama), Nakahira suggère un lien hypothétique avec la coutume, dans certains foyers, de disposer des polypores en offrande sur l'autel domestique (généralement situé dans la cuisine), la divinité honorée est Okamasama ou Kama no Kamisama ou encore Kamado no Kami.

7.  Shimédji  [shimeji] 占地、湿地、シメジ
        Il y a deux interprétations différentes (homophones) pour ce terme désignant les Tricholomes. Pour certains savants, il signifierait « qui occupe le terrain » et doit s'écrire 占地, pour d'autres il veut dire « sol mouillé » et se transcrit donc 湿地 en kanjis. Quelle que soit la bonne étymologie, le terme phonétique shimédji était à l'origine appliqué par les ramasseurs au Tricholome aggrégé (Lyophyllum aggregatum) avant de devenir un terme collectif pour les espèces du genre Tricholoma au sens large. On le retrouvera donc souvent combiné à une épithète, comme «
Shimédji à mille tiges pour Lyophyllum fumosum (cinerascens), « Shimédji blanc » pour Tricholoma album, « Shimédji jaune » pour T. flavovirens, et « shimédji violet » pour T. nudum (Lepista).