IMG_0002__2_Détail de la Fresque de Tepantitla, non loin de Teotihuacán. Art précolombien.

« Le paradis de Tlaloc », dieu de la Pluie et de la Végétation.

D'après les travaux de Robert Gordon Wasson et de W. La Barre, l'usage des plantes psychotropes remonte à au moins 15 000 ou 20 000 ans avant notre ère et à au moins 100 000 ans (première sépulture connue) pour Peter T. Furst qui considère comme nécessairement contemporaines la pratique du chamanisme et la ritualisation de la mort. Selon ces auteurs, les plantes psychotropes seraient essentielles dans l'idéologie et la pratique religieuse sur l'ensemble de la surface de la planète ; l'extrême ancienneté de leur usage serait déterminée par leur uniformité de pratique et de thématique malgré les différences ethniques et géographiques. Cette uniformité témoignerait d'une structuration inconsciente programmée culturellement à accepter l'expérience extatique dans le cadre d'un culte organisé. Ainsi, les chasseurs du paléolithique arrivés en Amérique étaient culturellement prédisposés à collecter des plantes psychotropes et à les préparer.

La sédentarisation due à la révolution du néolithique aurait permis l’institutionnalisation de la religion occultant peu à peu l'origine chamanique au point de l'oublier comme c'est le cas en Europe, où peu de ces rituels ont persisté. À l'inverse, d'autres auteurs, considèrent l'usage de substances psychotropes comme une dégénérescence des pratiques chamaniques originelles qui seraient fondées sur la « pure expérience religieuse spontanée ».

Quoi qu'il en soit, ces plantes ne possèdent pas, pour les ethnies qui les utilisent, une image de plante magique ou de chair des dieux dotée de pouvoirs surnaturels qui sont partagés par celui qui les consomme. Le fait qu'elles soient intégrées dans un rituel social, mystique ou religieux leur permet de bénéficier d'une tolérance socio-culturelle qui s'accompagne d'une tradition - souvent orale - de l'usage de cette substance. Cette tradition véhicule les prescriptions d'usage, les quantités à utiliser, les dangers relatifs à l'usage et permet d'installer une sorte d'équilibre relatif entre le produit et les usagers.

Maya_statues_3_redim3000Dès que l'homme sait laisser des traces de son passage, les plantes psychotropes sont représentées que ce soit dans l'art pictural, dans les sculptures ou dans les premiers écrits, ce qui témoigne de leur importance dans la société. Ces traces permettent notamment aux spécialistes d'apporter une datation des usages.

L'usage d'Amanita muscaria remonte à 7 000 ans avant notre ère - voire au paléolithique - et se serait répandu au cours des migrations de la Sibérie jusqu'au nord de l'Inde7. L'usage de Calia secundiflora aurait 6 000 ou 7 000 ans d'âge selon des traces archéologiques trouvées dans des grottes du Texas. L'usage de la coca en Amérique latine remonte à près de 5 000 ans. La culture du pavot à opium était connue en Mésopotamie 4 000 ans avant l'ère chrétienne. L'usage de champignons hallucinogènes en Amérique daterait d'au moins 3 000 ans, tout comme l'usage du tabac et du San Pedro dont il existe des représentations sur des tissus de l'époque chavin. L'usage du cannabis pour ses propriétés psychotropes est mentionné dès 2 737 av. J.-C. dans le Shen nung pen Ts'ao king. L'usage du peyotl est représenté sur des pièces d'art funéraire précolombien du Mexique occidental datant d'il y a 2 000 ans. L'Ipomoea violacea est représentée sur des fresques de Teotihuacan et de Tepantitla datées de 400 ou 500 après J.C.

Wasson_closeLes premières sources par R. Gordon WASSON

Quand les Espagnols conquirent le Mexique, ils furent profondément impressionnés par le drame que constituait le choc de deux civilisations et ils nous ont laissé un legs précieux de documents décrivant ce Nouveau Monde qui s'ouvrait devant leur regard étonné. Parmi ces archives on trouve un certain nombre de champignons hallucinogènes. [...] Nous avons réuni plus de vingt références sur les champignons et nous traduirons en regard des originaux. Ceux qui lisent l'espagnol goûteront le style des vieux auteurs, concis, souple, dépourvu d'artifice littéraire, attestation de témoins couchant sur le papier pour la postérité ce qu'ils ont vu, entendu et expérimenté, colorant souvent leurs commentaires de sentiments religieux habituels à cette époque. – Archives du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.