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La nuit venue, la forêt par endroits s'illumine, comme ici par ces grands pleurotes bio-luminescents (toxiques).
On peut sans peine lire les titres d'un journal, après quelques minutes d'adaptation à l'obscurité.

Lampteromyces_japonicus

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  • Basidiomycota / Homobasidiomycetes / Tricholomatales / Marasmiaceae
  • Synonymes :  
    Pleurotus japonicus Kawam. 1915 ;
    Armillaria japonica (A. Kawam.) S. Imai 1938 ;
    Lampteromyces luminescens M. Zang, 1979;
    Omphalotus japonicus (Kawam.) Kirchm. & O.K. Mill. 2002
  • Chapeau 10-25 cm de diamètre, semi-circulaire à réniforme, revêtu de squamules d'abord jaune-orangé brunâtre, puis brun vineux à brun datte sombre, plus ou moins glacé-brillant.
  • Chair tendre, blanche, mince à la marge, mais extrêmement épaisse vers le centre. Chair du pied presque toujours violet sombre à brun noirâtre, critère qui permet d'éviter la confusion de cette espèce très toxique avec le shii-také et les pleurotes en huître ou le Panellus serotinus.
  • Lames décurrentes, larges (jusqu'à 2 cm), d'abord jaune pâle, puis blanches, luminescentes (vert jaunâtre) dans l'obscurité.
  • Stipe court et épais, 1,5-2,5 x 1,5-3 cm, très excentré à sub-latéral, bagué par un liseret renflé ou bourrelet annuliforme à l'insertion des lames (rudiment d'anneau ?).
  • Ecologie : Grand pleurote végétant sur troncs et branches d'août à novembre, surtout sur Fagus crenata dans les hêtraies de montagne. Plus rare sur Carpinus laxiflora, Acer mono, Abies sachalinensis etc. Nous l'avons également récolté sur châtaignier (Castaneus crenata).  Assez commun au Japon, signalé en Corée, Chine et dans l’Extrême Orient russe.
  • Espèce très toxique. Usage médicinal à l'étude
  • Références bibliographiques : IH1 80 ; IOH p. 62-63.
  • Commentaires : Champignon poussant sur les troncs de feuillus, d'abord classé dans les Pleurotaceae, il est rattaché à la famille des Marasmiaceae, remarquable pour sa bioluminescence (due à un composé fluorescent, la riboflavine ou lampteroflavine), d'où le nom "Lamptero" (lanterne) et "myces" (champignon).

Une colonie de Lampteromyces japonicus sur un tronc d'arbre la nuit offre une vision féerique. Après adaptation de quelques minutes à l'obscurité, il est possible de lire une page de texte imprimé avec la luminescence fournie par un seul exemplaire disposé à 20 cm de distance.

Le genre Lampteromyces fut créé par Rolf Singer en 1947 (New genera of fungi III, in Mycologia 39: 79) pour accueillir une espèce, alors endémique du Japon, le ツキヨタケ(月夜茸 Tsukiyo-také ou "Champignon clair-de-lune") publié en 1915 par Seiichi Kawamura sous le nom de Pleurotus japonicus.

Confondu avec le shiitaké (mis en vente par méprise sur certains marchés de Nagano en octobre 2005), il a causé au Japon plusieurs intoxications gastro-intestinales subaiguës, parfois mortelles, notamment chez les enfants et les personnes âgées.

Les symptômes débutent 30 minutes à 1 heure après ingestion par une attaque digestive brutale de type cholériforme, avec vomissements et diarrhées sanglantes, accompagnés de douleurs abdominales. La déshydratation, l'hypothermie et l'hypotension précèdent des hallucinations colorées parmi d'autres troubles sensoriels, puis des troubles circulatoires qui se conjuguent pour provoquer un coma, ainsi qu'une atteinte hépatique et rénale.

Un premier principe toxique avait été isolé par K. Nakai en 1958, la lunamycine (ou lampterol), plus ou moins identifié aux sesquiterpènes décelés dans l'espèce américaine Clitocybe illudens, notamment ceux nommés illudine S et M, dont la dose létale 50 chez la souris est de 50mg/kg).

Les dernières recherches ont isolé de nouvelles substances: neoilludine A et B (cytotoxine), dihydroilludine S, deoxyilludine M, lampteroflavine (substance luminescente), lectine (molécule anti-bactérienne), atromentine, acide téléphorique, gyrocyanine (pigment).

En Chine, sa teneur en acétone a également été déclarée toxique pour les nématodes.

Il possèderait cependant des propriétés médicinales potentielles, dues à la puissante action antitumorale du lampterol, et qui ont été comparées à celles de la streptomycine). Toutefois, sa virulence inflammatoire provoquant des hémorragies du tube digestif, ne permet pas encore une utilisation médicale.

Références:
Nakai, K. (1958)- Medicine and Biology [en japonais] 49: 129.

Kasahara Y., Itagaki A., Kumaki K. & Katagiri S. (1996) — Gastrointestinal toxicity of Lampteromyces japonicus and its reduction by curing [en japonais], in Shokuhin Eiseigaku Zasshi 37 (1): 1-7, Tokyo

Nakanishi K., Tada M., Yamada Y., Ohashi M., Komatsu N. & Terakawa H. (1963) — Isolation of lampterol, an antitumour substance from Lampteromyces japonicus, Nature 197 : 292.

Tanaka K., Inoue T., Tezuka Y. & Kikuchi T. (1996) — Michael-type addition of illudin S, a toxic substance from Lampteromyces japonicus, with cysteine and cysteine-containing peptides in vitro, Chemical & pharmaceutical bulletin 44(2) : 273-279


En Europe aussi, il existe une espèce bio-luminescente (Omphalotus illudens).